L’ouverture est élégante, presque feutrée, avec cette photographie froide et soignée qui donne le ton. Tout repose sur une tension sourde, un malaise qui s’installe par petites touches plutôt que par des sursauts artificiels. Les insectes, les tiques, les visions cauchemardesques...
Autant d’images marquantes qui ne cherchent jamais le jump scare, mais qui nourrissent cette impression d’étrangeté sourde.
J'ai lancé ce film, l'air de rien et j'ai été franchement super bien accueilli!
Par contre je constate quand même beaucoup de critiques négatives, que je peux aussi franchement comprendre et je crois que c'est bien plus complexe que ça...
Dans un premier temps, on sent qu’il y a eu un vrai travail visuel et sonore, et ça, je l’ai trouvé réussi.
Du côté des acteurs, j’ai été surpris par la justesse. Eva Green, toujours magnétique, et Mark Strong campent des présences solides, mais c’est Chai Fonacier qui m’a le plus marqué. Son rôle aurait pu tomber dans le cliché, dans l’archétype de la domestique mystérieuse, mais elle apporte une nuance, une dignité, qui enrichit le film. J’ai apprécié que l’histoire évite le piège de l’exotisme simpliste en donnant à son personnage philippin un poids et une réelle importance dans le récit.
Pour revenir aussi à Eva Green, que je vois souvent camper le rôle de méchante ténébreuse, ici, elle a un rôle de mère victime, avec une palette d'émotion très varié. J'ose même dire que c'est certainement le rôle dans lequel je l'ai préféré voir jouer. Si Eva Green avait un seul rôle à présenter pour mettre en avant tous ces talents d'actrices, se serait certainement celui-ci.
Derrière l’horreur, il y a aussi une volonté sociale et politique qui m’a accroché, bien que vraiment pas évidente... La critique de la mode rapide, l’exploitation, les inégalités. Le film mélange son folklore philippin avec le décor irlandais de manière subtile et ce croisement culturel fonctionne.
Il y a dans ce mélange une texture particulière, une étrangeté qui donne une identité propre au film. On est dans une banlieue britannique, au milieu de marketeux qui font être confronté à un folkore qui exerce un contraste très effiace sur le film. Si ça ne vous fait pas voyager, je ne sais plus quoi vous dire!
Mais le problème, c’est que cette ambiance fascinante ne suffit pas à masquer les faiblesses de l’histoire.
Les révélations sont trop transparentes, presque annoncées et j’ai vite compris où tout ça allait. Du coup, la tension en souffre... Quand le spectateur devine les cartes trop tôt, la partie perd de son intensité. Le final, au lieu de renforcer le malaise, s’enferme dans des explications trop sèches, trop didactiques, qui laissent un goût d’inachevé.
On sort sans vraie récompense émotionnelle, comme si le film avait contenu sa charge jusqu’au bout sans jamais oser la libérer.
En revanche il se rattrapage sur son style de narration. Il suit une ligne temporelle normale, puis on a quelques flashback du passé d'un des personnages. C'est original et ça nous permet de comprendre de plus en plus l'intension dernière ce qui semble être l'antagoniste. J'ai trouvé ça franchement très bien exécuté et plutôt original.
Mais à cela s’ajoute un rythme inégal. Certains passages contemplatifs m’ont semblé s’étirer inutilement, au point de diluer le suspens. Les symboles étranges, pourtant efficaces, sont trop peu utilisés, le chien infesté de tiques, par exemple, reste une image forte, mais isolée. On aurait aimé que le film aille plus loin dans cette veine cauchemardesque, qu’il ose davantage dans la mise en scène de la dégradation psychologique.
En fin de compte, Nocebo est un film qui possède de vraies qualités et je ne suis pas prêt de l'oublier, grâce à une ambiance visuelle et sonore travaillée, un jeu d’acteurs solide, une approche culturelle respectueuse et un propos social pertinent. Mais il reste prisonnier d’un scénario trop prévisible, d’un rythme parfois trop lent et d’une conclusion qui assèche l’émotion au lieu de la transcender. Une expérience intéressante, mais inégale, qui m’a laissé partagé entre fascination pour son atmosphère et frustration devant son manque de puissance narrative.