Cette fille est folle, folle de victoire, folle de sommet, dans un flux d'images sensuel, tourbillonnant et dynamique. Alex ( Isabelle Fuhrman ) est une fille aux yeux de feu, qui calcule, recalcule à la vitesse de l'éclair, déterminée à toujours être la meilleur. Une étudiante acharnée dans sa quête infinie, une obsession sans trêve, cherchant la note parfaite. Perdue dans l'absurde de cette boucle sans fin, elle continue encore et encore entre perfection et vide absolu.
The Novice de Lauren Hadaway est un film vraiment réussi, d'une tension massive, avec des images lourdes, sombres et claustrophobes, prises sous des angles imaginatifs. Des gros plans d'une efficacité glaçante, toute l'émotion et l'intensité de son visage, Alex et l'expression de ce corps.
Cette voix qui lui murmure ce nouveau défi, l'aviron, une débutante qui veut atteindre l'élite. Elle s'aventure sur l'eau, en amazone rebelle. Elle qui n'a jamais su ramer seule ou en équipe. Une solitude plutôt toxique, à qui rien ne fait peur, ni l'aube, ni le froid, ni la pluie, et cette sombre salle de gymnase où elle s'entraine à en vomir.
Le film est une série d'images parfaitement réalisées, autour du personnage d'Alex, une fille vraiment timbrée, dans une puissante performance d'actrice. Entre ses jours et sa réalité en ruine, qui alternent entre ses études et ses séquences musclées, rapides et vertigineuses, portées par ses ralentis dramatiques.
Sa vie n'offre que peu de répit, quelque moment de beauté éphémère, Dani ( Dilone ), cette fille qui l'aime et qui souffre pour elle. Un espoir fragile qui montre un peu d'humanité, car le reste du temps, alex est un être défini et consumé par la compétition. La figure d'une femme qui finit par devenir son pire ennemi.
Un film qui fonctionne par son irrationalité méthodique. Cette façon cruelle de ramer dans un esprit monomaniaque. Elle vogue vers quelque chose d'obsédant à en devenir démoniaque, quand bientôt elle finira par entendre des bruits, des sons, toutes ces hallucinations qui la hantent à en saigner jusqu'au plus profond de sa chair.
Alex finit par faire peur, auprès de ces filles de l'aviron, aucune amie, juste des adversaires qu'il faut battre, maintenant qu'elle ne dort plus, ne mange plus. Une intensité effrayante, explosive, qui montre au fond une anti-héros qui n'a jamais été passionné par l'aviron. Juste cet objectif inatteignable qui se transforme en automutilation déformante.
Lauren Hadaway, à travers cette histoire, ne cherche pas à sublimer l'effort pour réussir, mais au contraire filme cette folie naturelle poussée à l'extrême. Comme voir l'image d'une comète qui s'effondre sur elle-même. Le résultat qui mène à un état schizophrène, une âme de plus en plus méchante, lorsque son présent ne se résume plus qu'à gagner ou perdre, vivre ou mourir, et que l'inatteignable conduit à un inévitable effondrement.
Dans cette intrigue honnête d'un état artificiel de conscience, Lauren Hadaway offre à la fin une alternative à ce chemin impossible. Une guerrière qui n'admet pas, préférant laisser derrière elle l'ombre de sa souffrance.