The Old Oak
6.7
The Old Oak

Film de Ken Loach (2023)

Le dernier pub avant la faim du monde

Ken Loach fait du drame social, c’est un lieu commun, quand bien même il lui arrive de le mâtiner de comédie comme dans Looking for Eric ou The Angel’s Share. A 85 ans, lorsqu’il débute le tournage de The Old Oak, le réalisateur est en fin de carrière et reste fidèle à son cinéma. Et si ce film devait être son dernier, il serait un fier représentant de son parcours.


Par le prisme d’une petite bourgade anglaise en déliquescence, ancienne ville minière laissée à l’abandon lors de la fin de l’exploitation charbonnière, qui voit débarquer un car de réfugiés syriens, le cinéaste dépeint une classe populaire moribonde. Une frange de la population qui, à défaut de pouvoir s’extirper de son marasme social, se vautre aisément dans la xénophobie. Les habitants de Durham sont en proie à une crise identitaire, leur gagne-pain envolé, et l’arrivée d’étrangers est le prétexte parfait pour pointer le doigt vers le bas, plutôt que vers le haut. Car comme le dit l’un des personnages (je paraphrase) : il est toujours plus simple de blâmer plus démuni que soi pour ses propres problèmes. Ça vous rappelle quelque chose? Les élections européennes, les législatives?


Mais le sujet, aussi actuel et déprimant soit-il, est aussi l’occasion pour Loach de mettre en lumière les poches d’humanisme qui subsistent dans un monde d’injustices sociales dues au néolibéralisme. Et c’est donc avec la motivation de ses proches que TJ, propriétaire du pub tutélaire, va organiser une initiative solidaire pour, à défaut de réconcilier, favoriser l’intégration et l’entraide entre anciens et nouveaux habitants. On mange ensemble. Les liens communautaires sont les uniques armes qui peuvent être déployées à ce moment-là pour affronter le désespoir et la propagation d’une haine mal dirigée.


The Old Oak n’a pas d’acteur reconnaissables, pas d’images choc, pas de caméra qui s’impose. Le caractère filmique de l'œuvre s’efface pour laisser la place libre au dialogue, aux hommes et femmes de la population, dans une approche réaliste qui ne permet fatalement pas un happy ending. Et si en fin de compte rien n’est résolu, si certains que l’on croyait sages ont montré leur faiblesse de jugement, le film nous laisse tout de même sur une teinte d’espoir. Réapprendre le communautaire et l'empathie, plutôt que de s’étriper par désarroi. Tendre la main à celle qui en a besoin, et mordre celle plaquée sur notre nuque pour nous mettre le nez dans la merde.

Frakkazak
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les meilleurs films de 2023, Les meilleurs films de Ken Loach et On regarde quoi en 2024? (Films)

Créée

le 27 août 2024

Critique lue 10 fois

Frakkazak

Écrit par

Critique lue 10 fois

D'autres avis sur The Old Oak

The Old Oak

The Old Oak

5

Martinux

68 critiques

Dédé le raciste du PMU

Premier Ken Loach pour ma part et, aux vues de la réputation du bonhomme, je m'attendais à un film débordant de bons sentiments et d'humanisme ; sur ce point le film rempli son contrat, peut être...

le 7 oct. 2023

The Old Oak

The Old Oak

7

Cinephile-doux

8155 critiques

Bienveillance sans frontières

Le vieux chêne, c'est lui, Ken Loach, 87 ans, solidement arrimé à un cinéma social qui ne désarme pas, au côté de son fidèle scénariste, Paul Laverty. The Old Oak, situé dans une bourgade sinistrée...

le 30 oct. 2023

The Old Oak

The Old Oak

7

Eric-Jubilado

6839 critiques

Ces vieux chênes qu'on abat...

Ken Loach et son scénariste Paul Laverty on été abondamment critiqués ces dernières années pour ce que les cinéphiles jugeaient comme un manque de subtilité dans leurs démonstrations politiques, et...

le 6 nov. 2023

Du même critique

Hollow Knight

Hollow Knight

10

Frakkazak

824 critiques

Waky Hollow : La légende du scarabée sans âme

J'avais commencé une partie en début d'année, et avait lâché l'affaire par frustration, ayant perdu tous mes geos dans une zone que je trouvais imbuvable (Soul Sanctum) après 3-4h de jeu. Mais devant...

le 15 oct. 2019

Captain America: Brave New World

Captain America: Brave New World

2

Frakkazak

824 critiques

Mou, Moche et Puant

Il était couru d’avance que Brave New World serait une daube. De par la superhero fatigue qu’a instauré la firme de Mickey par l’amoncellement de produits formaté sur les dix-sept dernières années...

le 10 mars 2025

Assassin's Creed: Mirage

Assassin's Creed: Mirage

4

Frakkazak

824 critiques

Mi-rage, mi-désespoir, pleine vieillesse et ennui

Alors qu’à chaque nouvelle itération de la formule qui trône comme l’une des plus rentables pour la firme française depuis déjà quinze ans (c’est même rappelé en lançant le jeu, Ubisoft se la jouant...

le 10 oct. 2023