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Bon, je crois que pour ce qui est de ses longs-métrages, Wes Anderson n'y arrive plus. The Phoenician Scheme ne fait que me confirmer ce que j'avais déjà perçu devant Asteroid City. Alors, son esthétisme si particulier – sa charte visuelle reconnaissable entre mille – est digne, comme à son habitude, de tous les éloges, par la composition des plans, par l'ornement de ces derniers d'une multitude d'idées originales. Mais il a perdu quelque chose de précieux. Est-ce qu'il l'a perdu définitivement ? Son récent court-métrage, Le Cygne, rassure (temporairement ?) sur ce point.


Dans les œuvres les plus réussies du réalisateur, même si les personnages ont une attitude de façade constamment détachée (Anderson oblige !), leurs agissements et la profondeur de leurs motifs révèlent un véritable cœur émotionnel. Ce n'est pas pour rien que ce qui est pour moi – et pour beaucoup d'autres – son sommet est The Grand Budapest Hotel. Ce n'est pas pour rien que les dernières minutes de ce magnum opus laissent la gorge serrée, avec la forte impression mélancolique d'avoir vécu toute une existence aux côtés des protagonistes du film. La légèreté du ton n'y est qu'une apparence, sous laquelle couvent l'humanité et la gravité. La forme est fascinante, le fond est touchant.


Je peux tout à fait excuser que pour The Phoenician Scheme, le cinéaste nous embarque dans un récit sur fond d'espionnage parfois assez complexe, dont il est difficile de saisir tous les tenants et les aboutissants. Après tout, c'est très caractéristique du genre. Par contre, je ne peux pas excuser le fait que derrière cette couche, il n'injecte aucune émotion.


Et le pire, c'est qu'il y avait un élément qui aurait pu en apporter énormément : les relations entre les deux personnages principaux, c'est-à-dire le père et sa fille. Ils sont souvent sur les mêmes plans, mais ils ne sont jamais réellement ensemble. Leur relation semble figée, ne donne lieu à aucune évolution, à aucun développement. Il n'y a pas de scènes clés justifiant qu'ils se prennent d'affection – d'un coup ou progressivement – l'un pour l'autre. Ce qui fait que la séquence finale paraît débarquer de nulle part.


C'est regrettable, car, outre la mise en scène visuelle, il y a d'autres qualités. Les acteurs sont irréprochables par rapport à ce qu'on leur offre – notamment Benicio del Toro et Mia Threapleton. Et le choix des morceaux pour la BO est réussi. Je ne parle pas du tout de ce scribouilleur ultra-surestimé de bouillie musicale insipide appelé Alexandre Desplat, mais de Ludwig van Beethoven, de Jean-Sébastien Bach, de Modeste Moussorgski et surtout d'Igor Stravinski, dont certaines de ses compositions sont parfaites pour instaurer de la tension.


En résumé, c'est bien d'utiliser son cerveau. Mais c'est encore mieux quand on le fait avec son cœur. J'espère que Wes Anderson le comprendra à nouveau un jour.

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le 29 mai 2025

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Plume231

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