The Rip
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The Rip

Film de Joe Carnahan (2026)

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La première fois qu’on a (vraiment) entendu parler de The Rip, le dernier film « de prestige » de chez Netflix (Matt Damon + Ben Affleck + Joe Carnahan à la réalisation), c’est lors de son avant-première à New York, la semaine dernière. Damon y arborait un badge « BE GOOD », dénonçant l’assassinat de Renée Good par les « chemises brunes » de l’ICE à Minneapolis. Dans son discours, il a pointé le danger que représente l’incompétence d’une force para-policière manquant de formation, et a posé la question du « genre de pays dans lequel nous voulons vivre ». Ce qui, de manière assez « amusante » (entre guillemets parce qu’il n’y a rien d’amusant à ce qui se déroule en ce moment aux USA), peut faire écho au sujet – fictionnel – de The Rip.

Le film de Carnahan débute par une introduction pointant l’atmosphère délétère de suspicion régnant entre les différents services de police (de l’état, fédéraux), chacun accusant les autres d’être corrompus et / ou incompétents. Soit, dans un thriller d’action dont le rôle n’est pas a priori d’être un film politique, une dénonciation claire de la déliquescence actuelle des systèmes sensés garantir la sécurité des citoyens.

Ce que raconte The Rip, c’est la soirée et la nuit d’une unité policière de la ville de Miami chargée spécifiquement de récupérer l’argent généré par la drogue, et qui découvre, suite à une dénonciation anonyme, une cache contenant une somme colossale – 20 millions de dollars – appartenant à un cartel de trafiquants. Sur le principe toujours sympathique d’une unité de lieu, de temps et d’action, matérialisé par le siège d’une maison entourée (ou pas ?) de forces hostiles, on rêve un moment de retrouver la magie d’un Assaut (John Carpenter).

Mais le scénario de Carnahan et de Michael McGrale prend acte que les USA de 2025 ne sont plus ceux de 1975 : cinquante ans plus tard, il est illusoire de rêver à une alliance comme celle entre détenus et policiers du film de Carpenter, qui vont lutter ensemble contre une menace extérieure. Aujourd’hui, ce sont à l’inverse les dissentions internes, la perte du « pacte social », de la confiance que se font les citoyens entre eux, qui est le danger. Un message clairement passé par le film lors d’une scène étonnante où le patron du cartel explique qu’il est plus raisonnable et efficace pour lui de perdre son argent plutôt que de se mêler des conflits internes à la police de Miami ! Jolie illustration de la situation dramatique d’un pays profondément divisé, qui croit que l’ennemi vient de dehors, alors que le péril mortel vient de la méfiance, du mépris et de la haine que ressentent les gens les uns envers les autres. alimentés par la cupidité dans une société où avoir plus d’argent est également le seul moyen de survivre.

Même si The Rip se termine de manière médiocre, avec son quart d’heure rituel de courses-poursuites automobiles, de tirs à l’arme lourde et de coups de poings, il n’aura pas démérité pour autant. Car le spectacle perturbant d’un groupe de gens, collègues et amis, se délitant peu à peu du fait des soupçons et du doutes que chacun a vis à vis des autres, ne manque pas d’intérêt. Et l’ambiguité du personnage interprété par Matt Damon, dont l’attitude et les décisions sont tout aussi incompréhensibles au spectateur, est une réelle bonne idée du scénario.

Ce qui nous ramène aux déclarations de Damon à New York, quand il « révélait » que Netflix demande à ses scénaristes de sur-expliquer leurs intrigues à l’intention d’un public se comportant de manière bien différente de celui des salles : un public en permanence distrait par son téléphone portable, qu’il « scrolle » plutôt que de regarder l’écran de sa télévision ou d’écouter les dialogues. Eh bien, reconnaissons que Carnahan, dont nous n’apprécions pas particulièrement « la patte de réalisateur » (des polars musclés, de la tension, une efficacité de la mise en scène), ne s’est pas plié aux diktats du streaming. Et que le téléspectateur devra prêter attention à ce qui se passe dans le film pour le comprendre.

Bref, Carnahan, Damon (et son « best buddy » Affleck) nous ont offert avec The Rip un film de cinéma. Même pas vraiment un bon film, d’ailleurs, mais, au moins, un vrai film de cinéma.

[Critique écrite en 2026]

https://www.benzinemag.net/2026/01/20/netflix-the-rip-de-joe-carnahan-politique-et-narration/

Eric-Jubilado
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le 20 janv. 2026

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