The Shadow’s Edge fait rapidement fi de la vraisemblance pour laisser place à un spectaculaire fait de ludisme et de chorégraphies chiadées. Pour peu que l’on accepte ce postulat de gravures de modes aux allures d’idols faisant des actions improbables et tapant la pause, ces vieillards envoyant des mandales en ne se bloquant le dos qu'une seule fois, ou ces sauts d’immeuble sans parachute, alors on peut passer un bon moment devant l’action qu’a à offrir le film de Larry Yang.
Le casse introductif est ainsi un mélange de fun improbable, passant de la castagne d’arts martiaux à de la prestidigitation à laquelle on ne peut croire façon Now You See Me (une série de navets qui ont pour unique bon point ce particularisme), en passant par un plan qui lorgne vers le cool de la saga Ocean’s.
Tout l’acte des filatures prend une rythmique différente pas désagréable qui apporte une fraîcheur à cette histoire qui commençait à s’appesantir sur le passé de ce vilain Dickensien, sorte de Faggin qui entraîne ses protégés à devenir des super criminels. Face à eux, Papy Chan en a encore sous le coude, et le retour du making-of/bêtisier en début de générique, comme à l’époque de Police Story ou du Marin des Mers de Chine, vise à rappeler les heures de gloire de l’acteur. Leur confrontation non violente dans les rues de Macao est ainsi un jeu fort appréciable, tandis que les combats, tout en verticalités, sont aux petits oignons (bien qu'adaptés aux capacité du duo vieillissant).
Malgré cela, on se farcit tout de même de grosse longueurs qui viennent ankyloser le film, une bonne demi-heure pouvant passer à la moulinette. Un sentiment d’étirement accentué par un scénario par moments imbitable. Je n’ai personnellement rien compris à la scène de l’orphelinat montée en parallèle de celle de l’assaut des mercenaires. Alors certes l’action est lisible, mais je n’ai aucune idée qui sont ces gens et de pourquoi ils se font tuer.
De même, toute la dernière séquence de baston, malgré un usage de l’espace qui continue d’être inventif en faisant se recroqueviller les deux seniors plus encore qu’ils ne le sont normalement, tire trop sur la durée et on finit par lâcher.
Mais là où ça se complique dans l’appréciation du film, c’est dans son apologie de la société de surveillance qui vient ici trouver pleine justification. Les caméras sauvent le monde, tandis que l’IA qui fait des smiley est notre pote. Un peu dur à avaler pour quiconque n’adhère pas aux politiques liberticides du PCC (soit, je l’espère, la majorité du public occidental). Alors certes, c’est une impasse de cette pleine dépendance aux nouvelles technologie qui précipite le retour des méthodes old school de Jackie Chan, mais la finalité est qu’il faut une combinaison de cette omniscience gouvernementale avec de la bonne vieille violence physique pour mettre à mal les méchants de ce monde. Des méchants individualistes, contrés par une équipe soudée où chacun tient un rôle égal avec ses collègues - là aussi on reste en ligne avec les idées du Parti, sans grande surprise.
Il faut donc être prêt à accepter, ou du moins à mettre de côté, la propagande autoritaire pour apprécier un film autrement plutôt solide sur ses appuis lorsqu’il s’agit de castagner de façon ludique, mais malheureusement miné par une longueur excessive, quelques blagues ringardes (les chiens…) et un scénario brouillon malgré la simplicité des enjeux.