(Critique V1.2)
En gros on dirait Tygra, La Glace et le Feu croisé avec le film Métal Hurlant mais en plus sérieux, ainsi que de la rotoscopie à la Ralph Bakshi (façon Les Sorciers de la Guerre ou son Seigneur des Anneaux mais en plus minimaliste). The Spine of Night est également plus gore, psychédélique, macabre et fataliste. Si au début, le character design rebute un peu car pas toujours joli-joli (les dentitions des personnages est assez laid, mais on voit ensuite que c’est raccord avec l’univers pessimiste de l’ensemble). On pourra être aussi étonné de voir plusieurs personnages continuellement nus (dont Tzod et des esclaves).
On y suit les mésaventures de Tzod, une sorcière des Marais qui a le malheur de croiser la route d’un érudit nommé Ghal-Sur. Alors qu’on croit avoir affaire à un sympathique mage œuvrant pour rassembler le plus de livres pour l’Ordre du Panthéon, et qu’il avait soutenu Tzod contre un seigneur local sadique et colonisateur méprisant Lord Pyrantin, Ghal-Sur trahit Tzod dès qu’il voit son pouvoir du Lotus bleu (pas le même que celui de Tintin) en action : cela peut guérir mais aussi brûler d'un feu aussi bleu que la glace et posséder les gens. Il s’approprie son pouvoir et s’en sert conquérir le monde dans le sang et la souffrance.
Alors que plusieurs personnes possédées ou conscientes se soumettent à lui, les siècles passent, le sang et la mort fusent et une dernière cité libre lui résiste : Uxon. Des agents de cette cité parviendront même à détruire sa réserve de Lotus bleus, source de son pouvoir démoniaque. Il ira alors en chercher à la source : le Crâne du Dieu créateur du monde, sauf qu’une Tzod ressuscitée grâce à cette même plante qui peut guérir de tout (même de la mort), lui refait face.
Tzod et les précédents Gardiens du Lotus lui révèlent alors la terrible vérité sur leur monde et sur le pouvoir des Lotus et de « l’échine de la Nuit » :
Leur planète est né du sang de dieux fous cosmiques qui se sont entretués, et leurs fils divins ont créé l’Humanité avant de l’abandonner aux pires moments par pure indifférence. Un Roi prophète a alors tué les Dieux froids mais a ainsi repris le même cycle que les premiers dieux fous. Du sang des dieux terrestres sont nés des Lotus aux grands pouvoirs mais donnant une conscience supérieure à ceux qui les ingèrent. Les Gardiens avaient voulu cacher cette terrible révélation aux hommes, préférant les laisser dans l'ignorance dans un monde où des gens fourbes comme Uruq confondent savoir avec pouvoir.
Dans des mains ordinaires, ce pouvoir donne conscience de la vacuité de la violence et du ridicule de la place de l’Homme dans l’univers, semblable à un grain de sable versant le sang pour rien. Mais un tel pouvoir entre les mains d’un être ambitieux tel que Ghal-Sur, l’Humanité reproduit encore une fois le cycle au risque de tout détruire. Cela n’empêche pas Tzod de le vaincre avec l’aide des Gardiens alors qu’il se croyait être un dieu invincible.
« Toi, tu n’es rien ! »
The Spine of Night rappelera aussi pour certains quelques œuvres de sword & sorcery et de dark fantasy tels que les jeux vidéo The Legacy of Kain vu qu'on voit que les sorciers Uruq et Ghar-Sul, autrefois mages respectés d'un ordre d'érudits, ruinent tout une contrée pour leur ambitions personnelles et que leur pouvoir nécessite un bain de sang continuel alors qu'ils ne sont eux-mêmes qu'une poussière dans l'univers. On retrouve également l'ambiance musicale à base de synthétiseurs et de dark wake ambient de ces jeux.
Le film de Morgan Galen King rappellera également certaines œuvres de Lovecraft, où des mages font appel à des puissances cosmiques pour semer l'horreur et la mort, tout en n'étant qu'un grain de sable ployant face à l'immensité et l'indicible. Il est donc vain pour l'Homme d'avoir de l'ambition quand il n'est rien. Cela peut paraître pessimiste, mais face à d'horribles humains, cela fait aspirer à une vie plus paisible et respectueuse des autres plutôt qu'à un cycle éternel et inutile de guerres et de morts.