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"Vous n'échapperez pas à vous-même."


«The Substance», ou le body horror à son meilleur.


Récompensé à Cannes par le Prix du scénario (auquel j'aurai volontiers rajouté celui de la mise en scène), le nouveau film de la réalisatrice-scénariste française Coralie Fargeat (Revenge) nous plonge dans le récit de l'actrice Elisabeth Sparkle, étoile du cinéma qui a perdu de son éclat au fil du temps, et anime une émission d'aérobic dont elle se fait licencier par son directeur de production, qui veut y réinjecter du sang neuf (et plus attrayant pour l’œil masculin).


Sans emploi et victime d'un accident, une clé USB va lui être remise. Sur celle-ci, une publicité mystérieuse faisant la promotion d'une substance très spéciale, lui permettant de générer une version plus jeune, plus belle et plus parfaite d'elle-même, à l'unique condition de suivre 3 instructions bien précises.


D'abord hésitante, Elisabeth décide de sauter le pas, déterminée à renouer avec sa célébrité passée, d'une manière ou d'une autre. Mais ce qui semblait d'abord se présenter comme une sorte de miracle va progressivement se transformer en cadeau empoisonné pour elle. Et lui démontrer que sa véritable ennemie, c'est elle-même.


«The Substance» est, sans l'ombre d'un doute, l'une des œuvres les plus immersives et radicales que j'ai pu découvrir au cinéma cette année.


Variation moderne et viscérale d’œuvres classiques comme «Le portrait de Dorian Gray» (la quête désespérée de la beauté et jeunesse éternelles), «Frankenstein» (la créatrice et sa "créature interne"), «Dr. Jekyll & Mr(s). Hyde» (2 corps liés par la même conscience, se battant pour prendre le dessus l'un sur l'autre) ou encore «Dracula» (l'autre moi qui se nourrit, comme une addict, de la moelle de l'Elisabeth originale pour conserver son corps et plus largement sa vie), cette fable horrifique dresse le portrait, frontal et peu reluisant, de cette obsession maladive pour l'apparence, diktat de la société et des chaînes TV, toujours à la recherche du corps parfait à exploiter sur leurs écrans.


Doté d'une mise en scène chirurgicale et oppressante, lorgnant notamment du côté de Kubrick (pour la composition de ses plans et ses décors souvent épurés) ou encore de Winding Refn (en particulier pour son «Neon Demon»), le film fourmille d'idées visuelles ingénieuses (à l'image de cette intro temporelle sur le Walk of Fame), filmant le corps sous toutes ses coutures, sans tabou et de manière parfois volontairement malaisante et hyper-sexualisée (à la manière d'un clip de Benny Benassi), en adéquation totale avec son sujet, dans l'esprit d'un «Black Mirror» gore et qui aurait complètement vrillé.


À l'intérieur de cette expérience ultra-sensorielle (d'autant plus lors d'une séance en Dolby Atmos), le très bon duo Demi Moore-Margaret Qualley se complète à merveille, telles les 2 faces d'une même pièce se fendant de plus en plus, et Dennis Quaid prend un certain plaisir à jouer le grand méchant loup en costard et au sourire carnassier.


«The Substance» est définitivement une œuvre qui ne plaira pas à tout le monde de par son jusqu'au-boutisme formel (en particulier dans son dernier tiers outrancier mais totalement assumé, convoquant notamment des références à «The Thing» de Carpenter et «Society» de Brian Yuzna), mais personnellement, c'est justement ce qui m'a particulièrement plu.


Un film décomplexé et ultra-généreux à tous les niveaux, ne se retenant jamais d'y aller à fond, et ne pouvant laisser indifférent.

Un film se revendiquant de l'héritage Cronenbergien, tout en y apportant sa propre vision, sa propre lumière.

Un film-monstre sur un combat interne (celui d'une actrice qui, au fond d'elle, ne s'est jamais vraiment trouvée "belle", et semble n'exister qu'à travers le(s) regard(s) qu'on veut bien lui apposer/imposer), dont les images et les sons nous impactent de plein fouet, et ne nous relâchant qu'au moment du générique de fin.

Un petit bijou cauchemardesque et jouissif dont on ne ressort pas totalement indemne, et que je ne peux que vous inviter à découvrir sur grand écran (si c'est votre truc évidemment).

Parce que des films comme ça, il n'en sort définitivement pas toutes les semaines. 8,5/10.

Raphoucinevore
8
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le 10 nov. 2024

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