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Elle en pire
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Une première séance à Cannes, assez folle, dans une salle électrisée qui riait et applaudissait pendant le film. Une seconde mercredi, interrompue pendant 30mn, suite à une crise d'épilepsie d'un des spectateurs dans la salle et l'intervention des pompiers. Autant dire que The Substance ne laisse personne indifférent ou de marbre.
Le film est une vraie expérience sensorielle. À travers un esthétisme ultra léché, le spectateur est frappé par la qualité de la photographie. Cadrages millimétrés, choix des couleurs (le jaune de l'oeuf du premier plan que l'on retrouve avec le manteau), références à Kubrick et Cronenberg... rien n'est laissé au hasard. Le travail sur les effets sonores renforce la dimension organique et le malaise ressenti tout au long d'une projection qui se révèle assez éprouvante au final.
Classé dans la catégorie "body horror", le film n'y va pas avec le dos de la cuillère. Constamment dans la surenchère, Coralie Fargeat va toujours plus loin, au fil d'un scénario remarquable, qui n'a pas volé son prix à Cannes (même si un Grand Prix aurait été encore plus mérité). Néanmoins, malgré les 21 000 litres de sang utilisés sur le tournage (!), tout est tellement excessif que le gore se révèle plus drôle et jouissif que terrifiant. Et c'est parce que le film ne se prend jamais trop au sérieux qu'il finit par atteindre sa cible.
Chapeau bas à Demi Moore d'avoir accepté un tel rôle, pour lequel elle se donne corps et âme, sans aucune retenue, tout en sachant qu'il fait nécessairement écho aux difficultés qu'elle a elle-même rencontrées au cours de sa propre carrière.
Alors que le film présente des défauts incontestables (des scènes souvent trop longues, un message asséné jusqu'à l'overdose de manière pas toujours très subtile, un final clairement too much), l'on ne peut que saluer l'audace du geste artistique de Coralie Fargeat qui ose tout et assume jusqu'au bout l'outrance et le grotesque pour servir son propos sur la dénonciation des diktats de la jeunesse et de la beauté imposés aux femmes dans notre société, et du "male gaze" toujours présent dans l'industrie du cinéma.
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