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Elle en pire
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Coralie Fargeat nous offre une fable horrifique et féministe d'une puissance rare. Et l'horreur n'est pas forcément là où on l'attend. Certes, on a une maîtrise parfaite de la mise en scène, des codes du film de genre, nourrie de références incontournables (pour apprécier la dernière scène, il faut avoir compris le clin d'oeil à l'inoubliable Carrie). La musique , la photographie, le sens du détail, les décors aseptisés, les couleurs vives qui confèrent à l'univers visuel une dimension quasi publicitaire façon 99 F, viennent parfaire ce papier faussement glacé d'une tragédie à venir. Mais l'horreur véritable, c'est celle qu'inflige la société de consommation et du divertissement à notre personnage, quinquagénaire passée de star à produit périmé du jour au lendemain, qui va devoir rivaliser avec la version rajeunie d'elle-même et son insatiable envie de vivre. La substance devient alors cette curieuse allégorie de la lutte contre le temps qui passe, artefact cruel qui donne le sentiment de gagner du temps tout en le gaspillant. Version féminine du portrait de Dorian Gray, en quelque sorte, The substance se mue rapidement en tragédie horrifique, dans la plus pure tradition du body horror, ce genre qui exploite les limites du corps humain pour éprouver dans "la chair" toutes les complexités de l'âme humaine. Le temps, cet illusoire ennemi que le patriarcat a érigé contre la femme, n'est hélas guère récent. Ronsard, déjà, dans ses odes si longtemps vantées en fac de lettres, disait ceci:
"Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté."
Demi-Moore, incroyable dans son jeu d'actrice, ne saurait contredire cette satire, qui est un peu son histoire, comme celle de centaines d'autres actrices. Cette mise en abyme d'un monde impitoyable, dont ce film est aussi une brillante satire, trouve son climax dans une scène finale dantasque, qui se révèle comme un gigantesque pied de nez à la bonne société du cinéma hollywoodien, renvoyé à sa monstruosité dans une ébauche de sang dont on se souviendra longtemps...
Créée
le 11 juin 2026
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