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The Substance se vit comme un cauchemar : celui d'une pub interminable pour Coca Light (ou Basic Fit, au choix) qui aurait mal tourné.


Bon, The Substance n'est pas une pub, soit. Mais il est filmé comme tel. Le message ("le male gaze c'est pas bien") est martelé ad nauseum (la succession de plans de culs rebondis, la collection de bellâtres infamants pour le genre masculin), et les règles du jeu (7 jours l'une, 7 jours l'autre, vous ne faites qu'une etc.) répétées 15 fois au cas où on aurait pas bien compris. Le montage est clipesque, l'esthétique lisse et vulgaire. Bref, de quoi faire passer Tony Scott pour un génie.


Mais au-delà de l'aspect moralisateur à deux balles, on a du mal à comprendre en quoi le film peut revêtir dignement les oripeaux du pamphlet féministe d'émancipation : Elisabeth et Sue (quelqu'un dans la salle a-t-il cru un moment que c'était une seule et même personne ?) sont aussi antipathiques/idiotes l'une que l'autre. Valent-elles mieux, dans leur soif de gloire, de corps de Barbie, que Harvey Le Dégueu ? Pas sûr.


Il y avait pourtant un potentiel de dingo dans l'idée de The Substance. En choisissant Demi Moore, ex gloire du cinéma passée sous le scapel d'un chirurgien esthétique, Coralie Fargeat aurait pu pondre un grand film colérique sur, au choix, le dégoût de soi (sur le mode qu'ai-je donc fait subir à mon corps ?) ou la haine de ce regard masculin libidineux et puissant qui a poussé tant et tant d'actrices à passer sur le billard. Mais d'une part, on ne saura jamais à quel point ce choix d'actrice est assumé - dans The Substance, Elisabeth est censée avoir cinquante ans quand Demi Moore en a en fait... dix de plus, et elle est censée être décatie quand rien ou presque de son corps et de son visage ne trahissent son âge- , et d'autre part, rien dans le comportement d'Elisabeth ne laisse penser qu'elle cherche à s'émanciper de la dictature du male gaze. Au contraire, elle court après une chimère qu'elle n'attrapera jamais, celle de l'éternelle jeunesse, celle d'un regard masculin qui continuerait de briller, décennie après décennie, en l'admirant. Une scène, une seule (la meilleure, à vrai dire), semble vouloir fendre la glace de cet idéal glauque : celle où Elisabeth s'apprête à honorer un rendez-vous galant avec un de ses admirateurs pour finalement jeter l'éponge après avoir tenté vainement, par le maquillage, de retrouver un éclat soi-disant perdu. Soi-disant, car, on peut le dire, il y a quand même une forme d'obscénité dans l'idée de faire passer Demi Moore pour une vieille peau : un corps de 60 ans (ni même de 50) n'est, dans l'immense majorité, définitivement PAS celui de Demi Moore à l'écran.


Face à elle, une Sue/Elisabeth Quelley de toute évidence aussi retouchée (mais informatiquement, elle) et aussi charnelle qu'une poupée créée par IA, est censée créer du désir chez les vieux beaufs/jeunes masculinistes et de la jalousie chez une Elisabeth dépassée par le pouvoir de la fameuse substance. Soit dit en passant, quitte à rendre la pseudo copie aussi parfaite, on pourrait se demander pourquoi Fargeat n'a pas choisi une technique de de-aging plutôt qu'une autre actrice qui, par ailleurs, n'a pas grand chose à faire. Parenthèse fermée.


Tant de nawak aurait en tout cas pu conduire, il faut le dire, à une comédie bien bourrine. Ce que n'est pas non plus The Substance. A moins qu'un Dennis Quaid sous coco étripant des crevettes en gros plan vous fasse marrer, ou qu'un pilon de poulet accouché par un nombril suscite chez vous l'hilarité. Il faut dire que le film se prend trop au sérieux pour que puisse s'en échapper une quelconque ironie, ou même un éventuel second (ou trente sixième) degré.


Venons-en maintenant au noeud de l'affaire, celui qui aurait provoqué des "malaises et des évanouissements"* (ptdr) pendant le festival de Cannes, à savoir le caractère horrifique du produit. Alors autant le dire tout de suite, à ce stade on n'est plus dans la "référence", l'"hommage" ou la "citation", mais carrément dans le copier-coller de tout un tas de standards. Toujours avec la même subtilité, on aura donc droit à des bouts de bidoche arrachés sans vergogne aux morceaux de choix que sont The Thing, Society, La Mouche, Elephant Man, Carrie... On en passe.


On passera aussi sur le non-sens anatomique que constitue la sortie du double par le dos. Ben oui, il y a comme qui dirait une colonne vertébrale qui devrait théoriquement gêner un chouïa. D'aucuns contesteront qu'il s'agit d'un film fantastique mais cette bascule n'est réellement assumée que dans sa dernière partie. Dans tous les cas, c'est précisément parce que The Substance ne touche jamais à quelque chose d'organique (c'est à dire sale, poisseux, dérangeant) qu'on a du mal à comprendre qu'une partie du public puisse tomber dans les pommes à la vue de prothèses ou de monstres plus grotesques qu'effrayants. A la limite, les plans les plus horrifiques du film sont sans doute les apparitions inattendues de ce doigt et de cette jambe arthritiques, et à plus forte raison de ce corps RÉELLEMENT vieux déambulant dans le couloir de l'appartement. Mais à ce compte là autant revoir le beau et modeste Abuela de Paco Plaza.


Pour tous ceux qui ont eu le malheur de voir Revenge il y a quelques années, l'espoir était mince que The Substance soit à la hauteur de sa réputation cannoise. Dont acte. Mais cette hype complètement à l'ouest a au moins un avantage : elle contribue, après le sacre tout aussi aberrant du nullissime Titane, à promouvoir le genre horrifique auprès d'un public qui pouvait jusqu'à présent le mépriser par pur a priori. Cela étant dit, revenons aux choses sérieuses : le vrai bon film d'horreur cette année, c'est tout de même, et de loin, Terrifier 3.


https://madame.lefigaro.fr/celebrites/cinema/evanouissements-et-malaises-a-cannes-le-film-d-horreur-feministe-avec-demi-moore-choque-les-spectateurs-du-festival-20240522

Francois-Corda
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Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les chefs d'oeuvre en carton et flop 10 2024

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le 29 nov. 2024

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François Lam

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