Si on parlait bruyamment de la désirabilité du corps féminin vieillissant, de ces corps qui vont "se périmer" comme nous disent déjà certains (j'ai 24 ans) ; avec l’impression qu’on gagne aujourd’hui, mais qu’eux remporteront la course. Ils voient le monde à travers l’image d’un sportif qui aurait troqué la capacité corporelle contre la capacité à provoquer du désir : plus on en a, plus on gagne ! Vous êtes mignonnes aujourd’hui, mais vos caprices seront bientôt pitoyables, et les nôtres respectables ! Sur ces belles paroles, on trinque entre copines, nos discussions et revendications sonnent comme des tambours qui ne font danser personne.


Alors oui, ce film fait pléthore de références au cinéma mythique. Oui, on va dans la caricature. Oui, on s’y attend : la jeune va vouloir garder ce physique le plus longtemps possible, tandis que la vieille va s'ennuyer, se goinfrer, et puis ça va mal finir. On avance dans l'âge en ayant lu Simone, s'imaginant avoir compris, mais combien des femmes de nos vies continuent d’imaginer leur cinquantaine avec effroi, ou pire, l’expérimentent avec désagrément. Ce visionnage donne l’impression d’une main tendue remplie de sororité.


On a quand même du mépris pour cette femme. Comment n'as-tu pas prévu le déclin d'une carrière basée sur ton physique ? Comment oses-tu avoir des rêves émergés d'un modèle marchant, avec en prime une appétence excessive pour l’adoration du plus grand nombre ? (C’est son choix ?!) - Mais on ne la méprise pas longtemps, car quand on a dit le mot choix, on n'a décidément rien dit.


Comment existe-t-on en tant que femme dans une société marchande obsédée par l’image ? - On peut adorer ce film, alors il faut s’en moquer et couvrir de sang ces vilains capitalistes, participants actifs à notre oppression. Mais on peut aussi détester ce film, car il n'incite pas à chercher d’autres manières de définir le succès, la réussite, pire ; on ressort de la séance avec en tête les discours vides et populaires d’un féminisme inoffensif, “elle aurait dû aller au rendez-vous chez Luidji et s’accepter, s’aimer comme elle est”. - Dans les deux cas, on ressent quand même la violence de la réalité. Là où il est plus facile et évident pour un homme de réussir (selon notre modèle actuel), il a toute une vie pour devenir un actionnaire rentable prenant du bide chaque année. De l’autre côté, les femmes ont peu de temps pour exploiter leur plus grand atout de rentabilité : nos physiques.

Demazis
7
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le 14 janv. 2025

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