Rarement un documentaire sur l’intelligence artificielle aura autant questionné la mémoire technologique que The Thinking Game. Le film s’interroge : DeepMind a-t-elle réussi là où Xerox PARC a échoué ? Derrière cette question se cache toute une réflexion sur la place des laboratoires de recherche dans le progrès informatique.
DeepMind, filiale R&D de Google, se distingue par son statut d’exception : une véritable entreprise de deep tech travaillant sur le temps long, à l’abri des contraintes du marché et des injonctions des actionnaires. Ici, l’innovation n’est pas dictée par le consommateur ou la rentabilité à court terme, mais par une quête presque philosophique : celle de l’esprit artificiel.
Le documentaire revient sur AlphaGo, prouesse technique et symbole d’une IA capable d’intuition stratégique. Pourtant, The Thinking Game ne se contente pas de célébrer une victoire : il en explore les coulisses, les doutes et les ambitions. Certains y verront une œuvre de communication, d’autres une réflexion honnête sur la frontière mouvante entre science, éthique et pouvoir technologique. Mais posons-nous la question : les hagiographies de Steve Jobs ont-elles vendu plus d’iPhone ? Sans doute pas. Et DeepMind n’en a d’ailleurs pas besoin.
Là où Apple ou OpenAI cultivent le mythe du produit et de la performance visible, DeepMind avance dix ans après, en silence, vers un objectif vertigineux : l’AGI, l’intelligence artificielle générale. Le film, lui, semble dire que ce futur n’adviendra pas avant un siècle – et qu’il ne naîtra pas d’humains, mais d’IA inventant l’IA.
The Thinking Game se regarde alors comme une méditation sur la patience en science, une ode au doute créatif, et un rappel que, parfois, l’histoire de l’informatique se joue hors de la lumière du public.