Tout l'intérêt du documentaire est concentré dans les (nombreux) moments où l'on suit la vie de Shima Akhter, une travailleuse de l'industrie textile Bangladaise. On y découvre ses conditions de travail, la formation d'un syndicat et la répression syndicale, ses difficultés à élever sa fille et ses espoirs pour une vie meilleure. Ces moments offrent de la vie, de la profondeur et de la nuance à la question des conditions de travail dans l'industrie mondialisée du textile.
Malheureusement, en dehors de ça le documentaire peine à offrir un propos cohérent et intéressant. Tout d'abord, il interroge sans plus de regard critique des patrons bangladais qui déroulent leur discours sur la pression des multinationales. 30 minutes plus tard, Shima dit s'être faite tabasser avec ses camarades syndicalistes par des employés de son patron. Ce genre de comportement ne peut pas juste être blâmé sur la pression des prix.
De même, le documentaire consacre plusieurs minutes aux libéraux conservateurs américains essayant de défendre que les "sweatshops" sont une étape malheureuse mais nécessaire du développement. Un argumentaire pas vraiment réfuté, et ce alors que le documentaire fait intervenir le patron d'une entreprise textile chinoise dont l'usine est manifestement plus moderne que les ateliers de misère bangladais.
Le problème du documentaire se révèle au spectateur lors d'une séquence grand-guignolesque où l'ont nous assène que le problème, c'est le CAPITALISME. Quel choc! Un propos d'un rare manque de subtilité va ensuite se dérouler pendant plusieurs minutes. Malheureusement, ce discours manque complètement sa cible, car il ne mentionne quasiment pas l'industrie textile en tant que tel, et qu'il ne propose aucune alternative au système de production global actuel.
Par ailleurs, ce discours est incohérent avec l'ouverture du documentaire qui faisait remonter l'origine du problème à la délocalisation de l'industrie textile après les années 1950. Les États-Unis n'était donc pas un pays capitaliste à l'époque?
Le documentaire aurait pu avancer un propos nuancé et intéressant sur les difficultés du développement dans les pays pauvres et des raisons de la mise en place d'une industrie aussi peu respectueuse des travailleur.ses et de l'environnement. A la place, on va écouter des activistes nous dire que le capitalisme c'est pas bien et une patronne d'entreprise responsable nous dire que les consommateurs doivent être plus responsables.
En conclusion, le documentaire a de bons moments, mais il aurait gagné à écouter davantage les voix des travailleur.ses et autres parties prenantes du Sud Global. Cela lui aurait permis de développer un propos global constructif, plutôt qu'un discours misérabiliste et impuissant. Une occasion manquée, sauvé par la présence de Shima Akhter qui donne de la vie et offre des séquences nuancées et humaines au documentaire.