Bande-son diablement efficace et photographie en lumières naturelles servent un sous-texte affirmant que Dieu ne peut tout. Face à la crainte irrationnelle de l’inconnu, de la Nature, de l’incontrôlé (« sylvestre » a la même racine étymologique que « sauvage »), nos hippies de la première heure ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour chasser, pour cultiver, pour assumer leurs erreurs, pour faire communauté de foi.
La vvitch n’est ici qu’un prétexte aux accusations, le bouc-émissaire parfait pour esquiver l’introspection d’un foyer aux destructrices croyances paranoïaques (stupides compétition de pureté et traque des « hérétiques »).
D’un naturalisme méticuleusement documenté, sans jump scares ni torture, ce film d’ambiance malaisante rappelant Rosemary’s Baby, à l’horreur contemplative d’Antichrist, possède pour sujet une dénonciation implacablement simple : le mono-théisme inventant le Mal (dont il dépend binairement), le puritain ne peut qu’enfanter le pervers.
Et puisqu’une honte de la chair semble troubler les croyants (pourquoi la refouler si Jésus devient Christ en expérimentant la passion SM ?) au point d’en condamner leur fils (jouissant lui aussi dans la douloureuse folie de sa mort), précisons que les pays protestants seront d’ailleurs à l’origine de la pornographie.
Déracinée de sa terre, isolée de sa communauté, affamée, attristée, terrifiée, bientôt abandonnée, accusée d’avoir perdu le bébé, d’avoir emmené Caleb dans les bois, d’avoir volé la coupe en argent, d’être une putain, d’être une sorcière, Thomasin, soumise à telle injustice, est poussée par sa famille - pas le diable - hors de sa foi, déjà branlante. Elle qui était la plus pieuse de la famille (péché d’orgueil pour le père, de colère pour la mère, de simple puberté pour le fils ; enfant non-baptisé et jumeaux pluzoumoins ensorcelés)…
Si entreprise de la Bête il y avait, elle fut donc facilitée par lesdits jugements archaïques, stigmatisant une innocente assignée pécheresse ; la fin apparaissant presque comme une logique happy end, la sorcellerie comme délivrance face à l'obscurantisme, « libérant » la pauvre adolescente de la religion de la souffrance collective et du salut individuel, où Dieu déclare ses enfants mauvais dès la naissance, leur vouant l’Enfer ou une vie de privations.
Panthéisme ou barbarie.