Je fais parti de ceux qui devraient être déçus parce qu'ils ont cliqué sur ce film en pensant à un film d'épouvante pop-corn... Autant le dire tout de suite, on n'est pas tellement servi de ce côté. L'horreur est là mais pas franchement la priorité du réalisateur.
The Witch est en réalité un quasi huis-clos dans une ferme misérable, entourée de forêts glauques filmées par des plans larges, sombres et naturalistes très soignés. On y suit de manière quasi documentaire la vie d'une famille de colons du XVIIème en Nouvelle-Angleterre et notamment l'extrême précarité et le fanatisme religieux de ces pionniers.
L'angoisse est amenée par une série d'évènements terrifiants commençant par le rapt d'un nouveau né et se poursuivant par tout un tas de malédictions qui vont progressivement être attribuée à une sorcière au final très peu présente. C'est surtout la paranoïa familiale qui va se développer autour de ces malheurs qui constitue la véritable intrigue de ce film. Isolés, sans possibilités de revenir en arrière, les membres de cette famille vont cultiver une rancœur et un désespoir absolus.
Au centre de ces délires et des projections de toute la famille se trouve l'aînée Thomasin, interprétée par Anya Taylor-Joy dont c'est la réelle révélation. La parabole sur la post-adolescence féminine et l'émancipation est à la fois grossière et efficace, bien écrite et transposée par des acteurs particulièrement brillants et habités dont la grosse voix de Ralph Ineson qui est un délice.
Malgré son statut de bête à festival et son refus d'embrasser le genre auquel il se rattache de fait, The Witch est au final un film plus efficace qu'innovant, tant esthétiquement que narrativement. Ce qui n'est pas moins vertueux.