Sorti en 2016, The VVitch est le premier film d'un certain Robert Eggers qui a fait parlé de lui récemment avec sa version du Nosferatu de Murnau. Et comme ce dernier, The VVitch est un film d'horreur qui joue plus sur l'ambiance horrifique que sur le jump scare. Le film est distribué par le fameux studio A24, un gage de qualité quand on sait que généralement ils mettent en avant des films indépendants qui méritent le détour, la plupart du temps des films horrifiques qui se classent dans le genre folk horror (Midsommar, Hérédité et The Lighthouse). Pour le situer, The VVitch est vraiment dans la lignée d'Hérédité, même si j'ai préféré ce dernier.
L'histoire se déroule au XVIIème siècle, dans l'Amérique des anciennes colonies et donc avant l'époque des Pères fondateurs des États-Unis. On va suivre les aventures d'une famille qui s'est fait bannir de sa communauté parce que le père a des dissension religieuses avec ses leaders. En fait, William (Ralph Ineson) se révèle être encore le plus puritain de tous les puritains et décide d'emmener sa famille quelques kilomètres plus loin, près d'une forêt, pour y bâtir une ferme. Vous me voyez venir, la forêt en question est dîtes maléfique et est soupçonnée d'abriter une sorcière. Cette entité maléfique va alors attaquer un à un les membres de cette famille isolée.
The VVitch parle avant tout de religion et de croyance, avec cette famille menée par un père illuminé qui se croit inspiré par Dieu (un "fou de Dieu"). Et c'est bien là la source des mésaventures pour cette famille qui va voler en éclats sous la menace de cette entité maléfique. Et si on parle de folk horror, c'est parce que l'ennemi va autant s'attaquer à eux physiquement que psychologiquement. The VVitch c'est vraiment de l'horreur psychologique qui joue sur la paranoïa et les croyances. On a ainsi les membres de la familles qui vont s'accuser chacun à leur tour d'avoir signé un pacte avec le diable. La mère Katherine (Kate Dickie) se sent même abandonnée par Dieu, à cause du dernier nouveau-né qui n'a pas pu être baptisé. Ils se sentent comme des exilés abandonnés de tous, y compris de Dieu. Et puis, on sent que la fille ainée Thomasin (Anya Taylor-Joy) a soif de liberté et voudrait s'émanciper, séduite par le côté mystérieux de la forêt.
Robert Eggers ménage subtilement ses effets et sa tension, pour offrir une relecture moderne d'un récit intemporel. On sent déjà, dés son premier film, la patte esthétique qu'a su cultiver le jeune réalisateur. On sent qu'il attache beaucoup d'importance à la photographie et à la composition des plans de ses films et The VVitch ne fait pas exception. L'ambiance est ici très soignée, que ce soit sur le plan du visuel, mais aussi sur le plan sonore. Il joue beaucoup sur les silences qui sont assourdissants et aime prendre son temps pour installer une ambiance. C'est lent, avec une caméra posée la plupart du temps et avec beaucoup d'économie de mouvements.
Il s'agit donc d'un premier film et forcément, tout n'est pas parfait. Le scénario est sans surprises. Par exemple, on sait dés la dixième minute que la forêt est bel et bien hantée et quelle abrite une sorcière. Robert Eggers aurait pu jouer sur le mystère, à savoir si les sorcières existent ou n'existent pas. Mais non, il fait le choix de nous la montrer dés le début. L'existence des sorcières est donc un faux suspense et le mystère est sacrifié au profit de la reconstitution historique de cette chasse aux sorcières. Nous avons donc Thomasin, l'ainée qui est encore une adolescente et qui doit à la fois élever ses frères et sœurs, faire le ménage et gérer sa puberté. Celle à qui on demande le plus est celle qu'on accuse le plus vite de sorcellerie (la victime devient la coupable). Robert Eggers s’intéresse donc davantage aux mécanismes d’accusation en sorcellerie, qu’à la finalité, à savoir si les sorcières existent ou n'existent pas. Le film se termine d'ailleurs avec ce message nous informant que les évènements du film sont tirés de témoignages et de croyances de l'époque. Et pour finir, la conclusion du film est très académique et sans surprise.
Avec The VVitch, Robert Eggers tente aussi une relecture des contes de fée et c'est finalement l'aspect le plus intéressant du film. On a par exemple la référence au petit chaperon rouge, avec Caleb (Harvey Scrimshaw) le jeune frère possédé. Caleb ne cherche pas la grand mère ici, mais le loup qui aurait pris le nouveau-né. Il va alors pénétrer imprudemment dans la forêt et chose qui devait arriver, arriva ...
Il se perd ! Il va alors trouver une cabane et rencontrer, non pas le loup déguisé en grand mère, mais une jeune femme qui porte un chaperon rouge et qui se trouve être une vieille femme (la grand mère, la sorcière, ou les deux). Lorsqu’il finit par retrouver son chemin et rentrer à la maison, il s'avère être possédé et meurt après avoir recraché un morceau de pomme. L’exemple de la pomme peut être vu comme le poids des croyances catholiques et une référence à Adam et Eve (Eve a provoqué la chute du Paradis en poussant Adam à cueillir le fruit défendu).
Et pour l'écriture du personnage de Thomasin, Robert Eggers s'est bien sûr inspiré de Blanche Neige. Responsable des principales tâches ménagères dont se délègue sa mère, mais aussi de la garde de ses frères et sœurs, la jeune fille/femme doit également gérer sa puberté au sein d’une famille puritaine et se retrouve très facilement accusé de la moindre erreur commise par son père, jusqu'à même être accusée de sorcellerie.
Bref, The VVitch c'est un scénario cousu de fil blanc, c'est lent et finalement il ne se passe pas grand chose, mais l'ambiance est tellement bien soignée, avec des moments de tension très bien amenés (la scène de disparition du bébé est ultra efficace) et une économie des jumps cares salutaire. Alors certes, le film ne révolutionne pas le genre, mais il trouve sa propre identité, en proposant une réflexion intéressante sur la foi et sur la folie religieuse et en mettant en scène une entité maléfique qui s'en prend aux membres de cette famille isolée. Il faut prendre le film comme il est, comme un drame familial et sanguinolent avec ses partis pris formels assumés. (6.5/10).