L'horreur ne tient pas à la peur qu'inspire le film au spectateur mais plutôt à l'enfermement d'une famille dans les dogmes de la religion, si bien que les fans de sensations fortes n'y trouveront pas leur compte. Souvent décrit comme lent, The Witch n'est pourtant pas un film contemplatif, mais la tension se joue dans les dialogues et le surnaturel, car oui il y a bien une sorcière cauchemardesque dedans.
En suivant une famille de colons s'installant en Nouvelle-Angleterre, isolée à l’orée d'une forêt, au début du 17ème siècle, le film pose un contexte où la religion sert de code de conduite, soit-disant salvatrice, et loin de toute tentation, aussi bien morale que physique. Un isolement fonctionnant comme un huis clos où, disparition après disparition, la suspicion gangrènera cette cellule jusqu'alors indivisible. Mais le Malin saura s'immiscer dans leur esprit, jouant de perversité, jusqu'à l'éclatement total.
Comme je le disait au début, le film n'est pas un film d'horreur, mais plus un conte, une légende, et traduit à merveille la superstition du folklore dont il s'inspire. Une famille bigote, dans un milieu austère, tourmentée par une sorcière digne des pires cauchemars: protéiforme, suggérée, ne faisant qu'un avec cette nature hostile que le père de famille croit pouvoir dominer, insaisissable, mais pourtant bien réelle. Elle est la menace qui fera remonter à la surface les vices tant combattus par cette famille, comme le mensonge et le désir. Baignant dans une atmosphère froide, poisseuse, d'un réalisme dépressif mais soutenu, notamment par ces intérieurs éclairés simplement à la bougie, nous sommes plongés dans ce quotidien fait d'efforts, de privations et d'une spiritualité qui condamne d'avance ses pêcheurs, et dont ils n'auront pas assez d'une vie pour se racheter et espérer le paradis (faisant sans doute écho à la société américaine contemporaine, qui se veut éclairée mais encore emprunte de dogmes réactionnaires), où l'apparition de la sorcière n'en a que davantage d'impact.
L'imagerie de cette figure du Mal n'est pas sans rappeler les peintures de Goya, et fait ressurgir dans l'inconscient une peur irrationnelle, celle, non pas d'une vieille concoctant des potions magiques, mais d'un suppôt de Satan, ayant vendu son âme, s'en retrouvant transfigurée en une entité surnaturelle. Une imagerie trop rarement invoquée, loin des clichés du genre, traduisant à merveille la peur et les superstitions d'alors.
Le film parle du refoulé, de la religion, de la superstition, et traduit tout cela avec brio, tel un conte macabre, dont le final assume totalement le récit d'une libération, perçue comme une perversion pour les contemporains de ces légendes, autour d'un feu démoniaque, à la fois terrifiant et poétique.