Cela faisait bien longtemps que le cinéma ne nous avait pas offert un film fantastique aussi ample, tendu, thématiquement riche et visuellement sublime. La providence sera venue de Robert Eggers, dont The Witch n'est pas loin de constituer l'alpha et l'oméga du film de sorcière. Ancré dans un XVIIème siècle d'une tangibilité désarçonnante (la lumière, les costumes et les dialogues en vieil anglais nous immergent d'emblée dans l'époque), The Witch secoue (le nouveau-né égorgé), interpelle (toute volonté de faire le bien ne saurait cacher nos vices), développe un propos sur le passage de l'enfance à l'âge adulte (magnifique Anna Taylor-Joy) et le fondamentalisme religieux, tout en proposant une réflexion sur la puissance du mal. Autant de thématiques développées avec un sens de la narration admirable, sans que l'une ne prenne jamais l'ascendant sur l'autre, le tout emballé avec un soin du cadre et de l'image proprement hallucinant (certains plans constituent de véritables tableaux que n'aurait pas renié Rembrandt). Jusqu'à ce final libérateur sur fond de sabbat dont l'ultime plan, d'un symbolisme riche de sens, marque durablement la rétine. Un chef d'oeuvre ? Affirmatif.