Je suis dans une phase « niaiseries » et donc ça me convient, car ce film est comme la promesse d’un accouchement : « sans douleur ». Miki Manojlovic, l’acteur qui joue le grand-père de cette aventure, est vraiment super dynamique et un vrai héros aux yeux de son petit-fils comme aux nôtres. Carlo Ljubek est moins convaincant, mais il a un beau sourire et dont il n’abuse pas, un bon point pour lui. Et du coup il éclaire le plan final. Le voyage en tandem bigénérationnel est une super idée ! et les paysages sont au rendez-vous. Le croisement des chemins, le leur et celui effectué dans l’autre sens 15 ans plus tôt, se fait en Italie dans le camp de migrants, et c’est un moment-clé, intéressant dans les deux sens. Cependant, le film pêche par un débordement de bons sentiments qui rend peu crédibles et ridicules les diverses polices. En même temps, on peut se rappeler que dans la Plaisanterie, de Kundera, le jeune héros est violemment puni et envoyé à l’armée pour une carte postale sur laquelle il s’est montré moqueur – donc trois fois rien. Et ici, le grand-père bulgare se fait tirer les bretelles pour une histoire de backgammon, juste un jeu dans une salle de café. Mais on sait que sous des gouvernements autoritaires, n’importe quel petit frustré en position de force peut devenir un tortionnaire. Le parti pris du cinéaste de faire une comédie et non un drame permet aussi d’introduire la vie quotidienne. La langue est savoureuse. Bon, les gros sabots gâcheront le film à certains, tout comme l’histoire d’amour très sommaire. Mais quoi ! on peut tomber amoureux pour presque rien et on n’est pas obligé d’être cynique, pour ne pas avoir l’air bête. Et la place du backgammon ajoute du sel à l’histoire. Et du coup, ça donne envie en passant de se pencher sur ce pays, la Bulgarie, et son histoire. A regarder sans bouder son plaisir.