Peu importe ce que vous ou moi pensons de Titanic, c'est une date. Point. Le film qui semble parachever toute une ère du grand cinéma populaire et ouvrir la nouvelle de la plus belle manière. On a écrit des volumes sur la fabrication, le budget hors-norme, les conditions de tournage, la personnalité perfectionniste et autoritaire de Cameron, la mise en orbite des deux acteurs principaux et le triomphe sans précédent du film. Impossible de rendre compte de l'importance du long-métrage dans la carrière de son réalisateur et dans l'Histoire du cinéma tout court en quelques lignes. S'il n'est pas du tout mon préféré de Cameron, il est indéniablement à part. Et il passe très bien les années. Ce qui n'est pas une surprise pour le cinéaste canadien, T2 ou Abyss ont également cette stature de monolithe qui se passent d'une génération à l'autre sans que leur âge ne pose une quelconque barrière avec ses différents publics. Avec les années, j'ai même pris plaisir devant son classicisme assumé, sa construction en trois actes, et son histoire d'amour un peu gnangnan. Comme l'expose intelligemment Julien Pavageau dans son colossal essai L'œuvre de James Cameron, explorateur de mythes, l'émotion importe plus que la réinvention. On sait où l'on va, le film se charge bien de nous l'asséner dès l'incipit (une chose qu'on retrouvera dans les trois Avatar). Pas question de feinter, l'immersion dans une tragédie spectaculaire suffira amplement. Et il a bien raison. La reconstitution de l'époque est dingue, la symbiose entre les effets spéciaux en durs et les images de synthèse est parfaite, l'ampleur quasi-inédite dans le 7ème Art. Quantité d'images sous-marine sont purement incroyables, toute la partie consacrée à la catastrophe est un climax dont l'intensité ne cesse de grimper, et les interprètes sont idéalement castés. Je retiens Kate Winslet, qui s'ajoute aux femmes fortes que Cameron sait créer, et Billy Zane onctueusement détestable dans le rôle d'Ockley mais franchement, ils sont tous géniaux. Trois heures vingt qui rejouent le mythe de Roméo et Juliette sur un paquebot tout en gardant en filigrane ce regard très rude sur une lutte des classes qui expliquera le bilan cataclysmique du naufrage. Et évidemment, de l'arrogance des bourgeois (et de l'Homme, plus généralement) face à une nature qui va les ramener à leur juste place. La seule chose qui n'a pas bougé depuis ma découverte du film à 10 ans, c'est ma détestation de la chanson My Heart will Go On et - ouf ! - Cameron et le casting partagent cette aversion pour le titre (atroce) de Céline Dion. Presque trente ans plus tard, le constat est sans appel : on ne fait plus de films comme Titanic. À partir des années 2000, l'industrie change. Elle ne permettra plus de lancer un projet de cette envergure, et les avancées technologiques incitent naturellement les cinéastes à moins de challenges. Donc, même si je peux encore tiquer sur certains dialogues de la première heure et demie, Titanic est de ceux que je suis content d'avoir vu le jour de sa sortie (je me souviens encore de la queue de 50 mètres qu'il y avait devant le cinéma), et que je suis encore plus heureux de le voir aujourd'hui aussi beau qu'il l'était hier. Et ça, c'est une autre preuve qu'on en fait plus des comme lui.