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Revenir sur Total Recall, c’est revenir sur toute une période du cinéma où pouvait s’allier une action délurée de gros bras à un sous-texte malin pour former un tout qui respire le fun, la testostérone, et les ambitions scénaristiques. Un des sommets de Verhoeven, de Schwarzy, et de feu la Carolco dans lequel on replonge pour une belle partie de réjouissance.


Si l’on retrouve une domination des méga-corporations si chère à la SF de l’époque (cf Alien, pour ne citer que lui), l’arrivée à maturité de ce monde si redouté, où les Musk et Bezos, des Cohaagen/Weyland en puissance, démarrent leurs plans spatiaux insensés et possèdent une mainmise terrifiante sur la géopolitique mondiale, fait passer ce trope comme un scénario d’anticipation bien trop crédible. De même que la vision d’un futur où l’aliénation mentale et les disparités sociales sont telles que la seule échappatoire à la morosité du quotidien passe par la manipulation artificielle des esprits, vidés de rêves et d’idéaux, comme autant de morceaux choisis que l’on posterait sur les réseaux sociaux pour réécrire une vie par un best-of censurant l’ennui, semble désormais plus proche de la science que de la fiction.


Mais outre ces indicateurs des temps actuels et à venir, l’adaptation de la nouvelle Philip K. Dick brille évidemment par son brouillage des cartes entre ce qui relève du fantasme, et donc de la réussite de l’implémentation de Rekall, et du réel, supposant que Quaid est effectivement un super-agent. Il n’y a pas de réponse définitive, les pistes lancées dans les deux sens trouvant leurs propres impasses, et Verhoeven en joue habilement. Car le spectateur aimerait que tout ceci soit réel, peu désireux de suivre une trame factice, mais il ne peut ignorer les accrocs du périple, et ce jusqu’à la dernière réplique qui rapporte de l’eau au moulin. Alors il se projette, comme l’hologramme de Quaid, et tranche dans son esprit, le mettant en situation d’acteur d’un récit à double lecture sur la passivité et la proactivité. Le refus de redevenir Hauser présage déjà du choix des pilules de The Matrix.


Tout ce flou permet une tonalité jouissive à l’ensemble, où surjeu, punchlines, et moments de bravoure qui s’enchaînent sans répit se justifient par la potentialité d’un délire fantasmé. On peut alors adopter une approche parodique alla Last Action Hero qui permet d’exploiter le physique de Schwarzy à des fins comiques, sa musculature disproportionnée tressautant au rythme de son marteau-piqueur, s’enturbannant le crâne tel qu’on le fera avec de l’aluminium dans Signs, ou se travestissant de manière grossière pour passer la douane alors même que sa sulfureuse femme cherche à lui faire la peau. De même que l’ultra-violence et les prothèses cradingues de Rob Bottin pour créer la galerie de mutants participent à la création d’un univers qui part trop loin dans toutes les directions. Un régal visuel et rythmique magnifié par les décors brutalistes, les maquettes gigantesques, et les couleurs agressives figurant la Mars de demain.


Total Recall n’a pas pris une ride et se dévore avec toujours autant d’intérêt à chaque nouveau visionnage. Un univers à l’influence énorme qui s’inscrit dans une vague cyberpunk débutée par Blade Runner qui continuera de déferler sur une grosse décennie pour le plus grand bonheur des spectateurs. Une œuvre fantastique de bout en bout.


Bonus de la galette : Total Excess: How Carolco Changed Hollywood

L'histoire de la Carolco à travers la filmographie du studio et des intervenants tels que Paul Verhoeven et Michael Douglas. Le documentaire suit la chronologie de la boîte en s'attardant sur les films marquants, de la genèse de Rambo au chant du cygne que fut L’Île aux Pirates, en passant par Terminator 2 et autres Total Recall et Showgirls.

Une structure assez classique mais qui permet tout de même de se rendre compte que les succès planétaires rencontrés ne garantissent pas la viabilité d'un studio. Une histoire passionnante et regrettable tant il est rare que l'on donne carte blanche à des cinéastes sur de si gros budgets, et de tels marqueurs culturels.


Créée

le 10 févr. 2025

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Frakkazak

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