Critique malaisée. Tous flics ! est le dernier film du monument français Jean-Pierre Mocky. Un monument de par sa filmographie délirante de plus de soixante films, mais aussi de par son histoire personnelle qu'il vaut la peine de garder en tête. Il s'éteindra le 8 août 2019, peu après avoir terminé de filmer Tous flics !, un projet tourné à la hâte pour à peine 70'000 euros avant un plus gros long-métrage qui devait mettre en scène Gérard Depardieu enlevant le président français, tout un programme...
Terminé notamment grâce au concours de sa fille, qui le porte en festivals puis sur sa sortie en salles en parallèle d'une remasterisation des plus gros succès de son père, Tous flics ! est de son aveu même une blague de Mocky, tourné entre amis.
Le réalisateur nonagénaire y tient d'ailleurs le rôle principal, apparaissant fatigué à l'écran mais encore bel et bien décidé à faire rire et à interroger. Car Tous flics !, sous ses airs de farce, est bel et bien politique et questionne sur les inégalités, comme bien souvent dans le cinéma de Mocky. Gilets jaunes (transposés en gilets roses), crise du milieu policier, magouilles politiciennes, tout y passe.
Malheureusement, la blague est longue (malgré les seulement 76 minutes du film) et décidément détachée de son époque: la place récurrente des rôles féminins, la représentation des étrangers et de l'homosexualité,... Tous flics ! reflète bel et bien une idée quelque peu désuète de la société (et comment lui en vouloir après tout, Mocky avait 90 ans).
Cependant, le film en lui-même patauge: les blagues durent, le scénario mouline, l'humour n'est pas de toute finesse pas plus que le jeu des acteurs constamment (et volontairement) en surjeu total. Et il ne faudra pas compter sur l'esthétique du film pour tenir le long-métrage à flots: le budget ridicule se ressent malheureusement à l'écran, lui donnant une facture de téléfilm.
Il faut toutefois voir Tous flics ! comme le dernier baroud d'honneur d'un cinéaste révolté contre les inégalités, qui n'aura jamais lâché la caméra jusqu'à son dernier souffle. Et comme une invitation à revisiter les titres de sa filmographie passée (Un drôle de paroissien, A mort l'arbitre ou La cité de l'indicible peur, pour ne citer qu'eux)...