Traffic est probablement le film qui a définitivement installé Steven Soderbergh parmi les très grands cinéastes américains modernes, toujours dans l'expérimentation.
Derrière son apparence de thriller sur le trafic de drogue, le film est surtout une immense mécanique humaine et politique où tout le monde semble déjà avoir perdu. Flics, juges, agents de la DEA, trafiquants, familles riches : personne ne maîtrise vraiment quoi que ce soit.
Ce qui frappe immédiatement, c’est évidemment la mise en scène de Soderbergh. Chaque intrigue possède sa propre texture visuelle. Washington est froide et bleutée, presque clinique. Les scènes avec Catherine Zeta-Jones sont plus douces, plus élégantes.
Et puis il y a le Mexique.
Jaune brûlé. Contrastes violents. Image sèche. Granuleuse. Soderbergh ne se contente pas d’ajouter un simple filtre jaune : il modifie la matière même de l’image avec d’autres traitements de pellicule, des filtres tabac et un angle d’obturateur particulier qui donne aux scènes mexicaines une nervosité presque documentaire.
Aujourd’hui, cette esthétique a été tellement copiée qu’elle est devenue un cliché. Mais en 2000, c’était une véritable claque visuelle.
Et au milieu de tout ça, Benicio del Toro est monumental. Fatigué, silencieux, digne au milieu d’un monde entièrement corrompu. Son Oscar était largement mérité.
Le plus impressionnant reste peut-être la fluidité du film. Multiplication des personnages, des lieux, des intrigues, et pourtant tout reste limpide. Soderbergh réussit à transformer un sujet extrêmement complexe en thriller adulte, tendu et passionnant.
Un grand film politique, mais surtout un immense film de cinéma.