De 1964 à 1968 environ, la vague Eurospy envahit l’Europe, et notamment l’Italie après le succès de James Bond. L’idée est simple : mettre en scène des héros virils embarqués dans des histoires d’espionnage en étant parfois eux-mêmes des agents secrets, les aventures conduisant ces derniers à arpenter différents pays. Budgets réduits oblige, les têtes d’affiche sont, le plus souvent, des acteurs étrangers de second plan, les scénarios des prétextes à l’aventure, et l’action va rarement plus loin qu’une bagarre bien réglée et une course-poursuite en voiture. Autrement dit, du vrai cinéma d’exploitation pensé pour les cinémas de quartier. Trahison à Stockholm fait partie de la dernière vague. Derrière la caméra, Sergio Grieco est un habitué du genre après avoir œuvré dans le péplum. Devant, c’est Ken Clark, le chouchou de Sergio Grieco, qui tient le haut de l’affiche avec, il faut l'avouer, une certaine présence. Un attelage qui connaît bien la musique et tient ainsi plutôt la baraque.
Bien entendu, l’histoire ne va pas bien loin. Le beau pilote de course et coureur de jupons se retrouve mêlé à une affaire d’espionnage qui voit CIA et KGB sur les dents finir par travailler ensemble. Au milieu, celui-ci tire son épingle du jeu après avoir été le jouet des deux services. Son aventure lui permet de rencontrer l’amour sous les traits de Beba Loncar (la belle autostoppeuse du Corniaud) et l’entraîne de Stockholm à Londres en passant par la Suisse pour le volet dépaysement. La présence de Jess Hahn, même s’il est ici doublé par Claude Bertrand, ajoute au capital sympathie de l’ensemble. Techniquement, c’est globalement plutôt propre, Stelvio Massi s’occupant de la photo, gage d’une certaine qualité. Seule la musique à grands renforts de cuivre, particulièrement redondante, finit par casser les oreilles.
Il faut donc savoir à quoi s’attendre quand on s’installe devant pareil programme. À la mode dans les années 1960, force est de constater que le résultat est plutôt kitsch aujourd’hui. Cependant dans la mêlée de ce qui a été produit à l’époque (une cinquantaine de films a été réalisée en Italie), ce titre ne vire jamais dans le grand n’importe quoi et conserve sa cohérence jusqu’au bout. Ce n’est pas fameux, bien sûr, mais cela fait passer un moment à condition de ne pas s’attendre à ce que le spectacle dépasse les genoux d’un James Bond de cette époque.