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Heroin.
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le 9 sept. 2013
Deux jeunes courent, poursuivis par la police, et on entend le long monologue suivant récité par un des protagonistes au son du LUST FOR LIFE d’Iggy Pop :
« Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de télé à la con, choisir des machines à laver, des bagnoles, des platines laser, des ouvre-boîtes électroniques. Choisir la santé, un faible taux de cholestérol et une bonne mutuelle. Choisir les prêts à taux fixe, choisir son petit pavillon, choisir ses amis, choisir son survêt et le sac qui va avec, choisir son canapé avec les deux fauteuils, le tout à crédit avec un choix de tissus de merde. Choisir de bricoler le dimanche matin en s’interrogeant sur le sens de la vie, choisir de s’affaler sur ce putain de canapé et se lobotomiser aux jeux télé en se bourrant de Mac Do. Choisir de pourrir à l’hospice et de finir en se pissant dessus dans la misère en réalisant qu’on fait honte aux enfants niqués de la tête qu’on a pondu pour qu’ils prennent le relais. Choisir son avenir, choisir la vie. Pourquoi je ferais une chose pareille ? J’ai choisi de pas choisir la vie, j’ai choisi autre chose. Les raisons ? Y a pas de raisons. On a pas besoin de raisons quand on a l’héroïne. »
Le film commence à 100 à l’heure avec la voix off de Renton (exceptionnel Ewan McGregor) déclinant celui-ci, et cela va dicter le ton du film. Danny Boyle livre un film à l’image de cette intro : il va vite, est très rythmé par la musique (souvent très rapide), et nous balance les problèmes de la société écossaise à la gueule.
On assiste en spectateur assidu à la décomposition de celle-ci sans jamais pouvoir venir contrecarrer ce qui se passe. Tout est vu par le prisme des yeux de junkies d'Edimbourgh, qui n’arrivent pas à s’en sortir. Il y en a un plus futé que les autres qui, lui y arrive, mais à quel prix.
On suit les pérégrinations de Renton, donc, mais aussi de Sick Boy (Jonny Lee Miller), et Spud (Ewen Bremner). Ils partagent un squat sordide d’Edimbourgh, avec Alison, enceinte d’un des trois, sans qu’on ne sache lequel jusqu’à la mort du bébé. Leur seul point commun est la drogue, et comment en récupérer sans bosser. Ils essaient de décrocher, mais échouent inévitablement. Il y a bien d’autres centres d’intérêt (le foot, la bière, le cul).
Contrairement à ce qui a pu être dit çà et là, le film ne fait pas l’apologie de la drogue : il décrit la joie que provoque la consommation mais en montre aussi les côtés les plus crasseux, les conséquences les plus affreuses, et en tire la conclusion qu’on ne peut s’en sortir qu’en se trahissant soi-même et son entourage. Mais il n’est pas moralisateur.
Rien ne nous est épargné : shoots d’héro, mort de bébé, pipi, caca, scène de sevrage (la plus terrible du film), baise d’un soir avec une lycéenne, j’en passe et des meilleurs.
Déprimant ? Eh bien non, car le film est bourré de scènes hilarantes salvatrices et jouissives.
Balançant entre tragique et humour débridé, le film est porté par un certain surréalisme (Renton plongeant dans la cuvette des chiottes pour y récupérer un suppositoire à l’opium, et nageant dans la mer).
Il y a une nette bascule après la scène de la mort du bébé. À partir de là, on perd la légèreté qui traînait dans l’histoire. Renton et Spud sont arrêtés, et ce dernier est envoyé en taule. Renton, lui, fait une overdose, et ses parents décident de le sevrer.
Ce film est un constat terrible des conséquences des années Thatcher, tout en étant un hymne d’amour terriblement désabusé à l’Ecosse.
Danny Boyle, au prix d’un montage et de cadrages oppressants, jouent allègrement sur le terrain du Kubrick d’ORANGE MÉCANIQUE (nombreux clins d’œil : la boîte de nuit décoré comme le Moloko bar, de nombreuses scènes cadrées de près dans des appartements, des tapisseries très 70's, le raccord BOF (exceptionnelle bande son) / déroulé de l’histoire). Il mise sur l’inventivité pour mettre en image ces paumés.
C’est un vrai chef-d’œuvre, servi par des acteurs au diapason.
Le monologue de fin est la conclusion la plus parfaite qu’on pouvait trouver :
« La vérité, c’est que je suis un sale type. Mais ça va changer, je vais changer. Tout ça est bien fini, désormais je suis clean, j’avance dans le droit chemin. Je choisis la vie, j’en jubile à l’avance. Je vais devenir comme vous. Le boulot, la famille, la super téloche, la machine à laver, la bagnole, la platine laser et l’ouvre-boîtes électrique. La santé, le cholestérol, une bonne mutuelle, les traites, la baraque, le survêt, les valises, les costards trois-pièces, le bricolage, les jeux télé, le Mac Do, les mômes, les balades en forêt, le golf, laver la voiture, tout un choix de pulls, les Noëls en famille, les plans d’épargne, les abattements fiscaux, déboucher l’évier, s’en sortir, voir venir, le jour de sa mort. »
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Créée
le 6 juil. 2020
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