C'est un film que j'ai découvert il y a une dizaine d'années, pas plus. Nicholas Ray, le réalisateur, je le connais un peu à travers ses westerns ("Johnny Guitare") ou des films de guerre ("diables de Guadalcanal", "amère victoire", …) mais c'est le premier film "noir" que je vois de lui.

Et je dois dire que ce film est quand même assez surprenant. Bon, on va trouver un peu facile que je dise que c'est un film noir en couleur et flamboyant. Et pourtant, c'est le cas. Mais c'est aussi un mélodrame avec une belle histoire d'amour. Et c'est aussi un film avec Cyd Charisse qui nous séduit avec deux danses sensuelles et raffinées. Pas des extraits où le spectacle est en filigrane pour meubler une scène entre gangsters qui boivent, draguent ou se foutent sur la gueule. Non, là Ray nous fait profiter complètement des deux danses remarquablement filmées pour lesquelles le film fait carrément une pause. Un double bonus en quelque sorte pour le spectateur méritant.

Mais je reviens sur le mélodrame. Les deux personnages qui traversent le film de bout en bout sont des personnages impliqués dans les histoires de gangsters et font partie du milieu dont ils sont issus. Mais ce sont aussi deux personnages qui ont conservé leur intégrité même si l'une, danseuse, accepte les pourboires d'un bandit et si l'autre, avocat marron, se fait grassement payer pour défendre l'indéfendable. Le film sera le chemin tortueux et semé d'embûches pour passer à travers les balles et les pièges qui leur sont tendus et parvenir à une vraie vie. On sent d'ailleurs continument l'empathie que Nicholas Ray dégage pour ses deux personnages.

Ces deux personnages sont magistralement interprétés par Robert Taylor et Cyd Charisse.

Cyd Charisse n'est pas qu'une belle danseuse talentueuse mais aussi une actrice efficace dans son rôle. Les scènes de charme et de séduction vis-à-vis de l'avocat sont pleines de retenue. On n'est pas dans le coup de foudre mais dans quelque chose de plus profond et plus raisonné.

Quant à Robert Taylor, pour une fois, son visage inexpressif de marbre et hiératique, fait merveille. Il s'est commis toute sa vie avec les truands qu'il a défendus et fait acquitter. Mais, par son attitude distante, il impose le respect et surtout maintient la distance avec le vice.

Lee J Cobb incarne le chef maffieux, dur et impitoyable. Mais c'est aussi un caïd qui a ses faiblesses, son talon d'Achille, par exemple quand il flingue de rage la photo de Jean Harlow qu'il adore et qui vient de se marier à Hollywood ! Quelques années plus tard, De Palma fera de même avec son Capone (De Niro) qui pleurera comme une madeleine en écoutant son castrat favori dans un opéra italien larmoyant.

"Traquenard" est un film noir atypique remarquablement mis en scène (je pense brusquement à la splendide scène entre Cyd Charisse et l'épouse de Robert Taylor qu'on voit à la fois de face et de dos grâce à un jeu de miroirs avec Cyd Charisse, de face, entre les deux images).

Bien sûr, des esprits chagrins vont trouver que le scénario a quelques petites faiblesses, par exemple, les (nombreuses) balles qui n'atteignent jamais nos deux héros. Oui, bien sûr. Mais est-ce grave, docteur ? Je ne crois pas.

JeanG55
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le 29 juin 2022

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