Ron Howard n'a, au cours de sa carrière, cessé d'alterner le chaud (Rush, Apollo 13...) et le froid (Da Vinci Code, Solo...), tout en consacrant une partie de son temps à des documentaires au cours de la dernière décennie. Il n’est donc pas un cinéaste que je suis avec assiduité, mais un dont je ne rechigne pas à jeter un œil sur ses œuvres lorsqu’elles me passent sous la main. C’était donc une agréable surprise de découvrir Thirteen Lives en 2022, sans doute le meilleur film du type à mes yeux, et que je revois ici avec le même enthousiasme.
Avec un tel matériau original, celui de cette équipe de football thaïlandaise adolescente emprisonnée par une mousson précoce dans les tréfonds d’un réseau de grotte, qui avait défrayé la chronique en 2018 et suscité un émoi planétaire pendant plus de quinze jours, il partait déjà sur de bonnes bases. L’histoire est cinématographique par excellence, c’est celle de la bravoure, de la solidarité spontanée, de l’émotion transcendée par un happy ending inespéré. Une pépite de fait divers qui ne pouvait qu’être adaptée.
Mais entre les mains d’un cinéaste moins chevronné, sans doute n’aurions nous pas eu le droit à la même réussite technique. La spéléologie est un sport angoissant, la plongée n’est pas toujours rassurante, alors lorsque l’on conjugue les deux, il faut s’attendre à un sacré moment d’anxiété. Anxiété décuplée par la limpidité dans la présentation du dédale inondé à parcourir, de ses sinuosités étouffantes à ces courants traîtres, en passant par l’endurance qu’il demande (comptez entre 6 et 7h d’immersion pour ne serait-ce qu’arriver aux gamins abandonnés dans le noir). Tous les éléments sont contre ces sauveteurs qui, s’ils n’ont pas l’intention de baisser les bras, ne se font pas d’illusion quant aux chances de survie des victimes.
Alors Thirteen Lives navigue entre une claustrophobie éreintante et une humanité rayonnante qui abat les barrières, qu’elles soient politiques, de classe, ou internationales. On se mobilise dans une action commune car la seule chose à faire est évidente. Un tel élan, il n’y a même pas dix ans, paraît pourtant bien éloigné de ce que la polarisation exacerbée de nos sociétés mettrait au monde aujourd’hui. Sommes-nous, en tant qu’espèce, encore capable de mettre à bas nos différends pour une cause commune?