Alors qu'il connaît des années difficiles, que ce soit d'un point de vue commercial ou avec sa société American Zoetrope, Francis Ford Coppola se lance, avec son ami George Lucas, dans le projet de faire un film sur Preston Tucker, concepteur d'automobile américain qui a vu un de ses audacieux projets mis à mal par des politiques et les trois grosses entreprises dans ce secteur, à savoir Ford, Chrysler et General Motors.
Intelligemment Coppola s'arrête uniquement sur la période intéressante, à savoir tout ce qui tourne autour de la conception de sa voiture innovante sans vraiment s'attarder sur sa jeunesse ou ses premières années dans les voitures de course avec Henry Ford. C'est un peu à la manière de Capra qu'il met en scène son film, mettant en avant un Tucker ambitieux mais aussi naïf, qui va vouloir réaliser son rêve américain, ce qui implique aussi de se retrouver face aux géants de l'industrie ainsi qu'à des politiques véreux, ne voulant pas accepter ce nouveau venu pour mieux garder leurs intérêts et pour cela, il s'en sort très bien.
Coppola garde toujours la même ligne directrice, se préoccupant surtout de Tucker et de ses rêves. C'est très classique mais sans tomber dans l'académisme et surtout tout le long efficace, car Coppola ne s'éparpille pas et maîtrise son sujet. Parfois un peu maladroit et même facile (tout le procès final qui manque un peu de tension), ça n'en reste pas moins vraiment plaisant à suivre. Bien rythmé et mis en scène, il nous transporte dans une belle et propre reconstitution des années 1940 et nous intéresse sans grandes difficultés aux enjeux et personnages, surtout que ces derniers sont très bien interprétés, notamment par Martin Landau et un très énergétique et jovial Jeff Bridges.
Finalement la réussite du film est là aussi, Coppola montre la face cachée du rêve américain et tous les problèmes, de plus en plus gros, que Tucker va rencontrer pour tenter d'aboutir à ses rêves. Il n'a finalement jamais pu s'imposer au fil du temps face aux grosses entreprises et à ce système qui ne facilite pas la tâche aux nouveaux venus (ce qui est dommage, la voiture étant vraiment sympa). D'ailleurs, Coppola arrive à y inclure une partie autobiographique, lui qui a tenté de s'imposer face aux grosses majors hollywoodiennes avec sa société, en tentant même de proposer ce qu'il considérait comme révolutionnaire dans le cinéma (l'échec Coup de cœur).
Comme la grande majorité des réalisations de Coppola des années 1980, Tucker est un peu tombé dans l'oubli au fil du temps et c'est bien dommage. Coppola signe une fable à la Capra sur la face cachée du rêve américain et nous transporte agréablement dans les années 1940 pour y suivre l'histoire de Preston Tucker.