Indéniablement, de belles idées germent ci-et-là dans ce long métrage d'Eli Craig, puisque les conventions du film d'horreur classique sont remises au goût du jour. Pour faire simple, le jeu du chat et de la souris est ici inversé : deux péquenauds simples d'esprit, donc très gentils mais avec une tronche inquiétante, deviennent méchants malgré eux à la suite de malentendus et sont donc poursuivis par une troupe d'étudiants qui veulent leur peau.
Si sur le papier le principe est génial, le réalisateur ne va malheureusement pas tout le temps au bout des choses, ce qui est bien dommage. Ici, on alterne alors entre moments supra jouissifs et moments beaucoup plus conventionnels. Si les quiproquos, vraiment croustillants, s'enchaînent les uns après les autres pour notre plus grand bonheur, les meurtres trashs, quant à eux, sont annoncés de manière assez prévisible (un pieux par ci, une grosse branche qui traîne par là, un broyeur dans le coin...). Du coup, tout effet de surprise est désamorcé, on sait exactement comment les mecs vont crever, même si techniquement ces accidents sont très réussis.
En revanche, n'oublions pas tout ce qui entoure le film. Le scénario, par exemple, est crédible, a le mérite de proposer une vraie histoire, et offrira même quelques pistes de réflexion, notamment sur la société d'aujourd'hui. Les dialogues sont aussi très riches et représentent un véritable atout. Enfin, les deux acteurs principaux jouent très bien le coup, et les deux personnages qu'ils incarnent, malgré leur tronche de psychopathes, restent très attachants.
Bien que le pitch de départ tienne la route sur les 2/3 du film, il est dommage que la fin sombre dans une histoire d'amour banale, sans surprise, le prince voulant simplement sauver la princesse des griffes du mal (version hardcore, bien entendu). Si Eli Craig parvient sans trop de mal à prendre le contre-pied des monuments du cinéma d'horreur, il n'évite pourtant pas tout le temps les pièges que tend le genre qu'il parodie.
Au final, Tucker & Dale aurait pu devenir une vraie référence culte du cinéma d'horreur, mais reste finalement qu'une comédie trash fort sympathique (dans la lignée d'un Evil Dead ou Bienvenue à Zombieland), mais un peu trop propre sur elle, trop tendre pour éclabousser les codes, trop sage pour devenir subversif. A l'inverse de ce qu'avait parfaitement réussi à faire le duo british Edgar Wright/Simon Pegg dans "Shaun of the Dead".
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