The Ladykillers est une excellente comédie noire, son humour british est subtil et surprenant.
Le script judicieusement écrit, sans temps morts, ainsi que l’implacable rigueur de son découpage en font un divertissement clair, accessible et intemporel. Des situations cartoonesques à l’ambiance pince-sans-rire, les comédiens, tous très à l’aise et talentueux, excellent dans leur rôle, donnant vie à un théâtre comique riche en rebondissements : Alec Guinness tout droit sorti d’un film expressionniste allemand (Obi-Wan, c’est bien toi ?!), Herbert Lom, la brute au look d’Al Capone, Cecil Parker le vétéran trouillard, Peter Sellers en pitre qui lui va si bien et l’ogre au grand cœur, Dave Green. Sans oublier la pièce maîtresse de l’échiquier, grâcieuse et rayonnante de crédibilité, Katie Johnson dont le courage, l’honnêteté et l’opiniâtreté viennent contraster magistralement avec ses malfaiteurs lâches, cupides et fourbes.
Ce film brillant d’ironie inspirera nombre de productions anglo-saxonnes plus modernes (Arnaques, Crimes et Botanique, Bons Baisers de Bruges, Joyeuses Funérailles...), que ce soit dans le ton donné ou dans la maladresse navrante et hilarante des personnages. L’aura d’un tel film se ressent aussi dans l’humour scandinave (Kraftidioten, Adam’s Apples, ...) qui reprend un peu les mêmes principes : ambiance de film noir, personnages maladroits et sympathiques losers ayant des faiblesses morales, situations absurdes et retournements farfelus... Aux États-Unis aussi, notamment chez les frères Coen, qui ont remaké ce film (pas trop mal, mais pas très bien non plus). On perçoit dans quasiment toute leur filmographie la grande influence qu’ont pu avoir Mackendrick et Rose sur eux : The Big Lebowski, Fargo, Burn After Reading, Hail Cesar !... autant de titres qui empruntent aux codes de Ladykillers : aucune pitié pour ses personnages et absurdités mordantes de fatalité.
Le studio Ealing à l’origine de la production est réputé pour avoir fondé l’âge d’or de la comédie britannique, ce qui me donne envie de regarder leurs autres films !