Continuant ma rétrospective Reitman, j’aborde celui-ci avec un certain entrain malgré la tiédeur que m’ont inspiré les précédents. Young Adult étant un de mes films préférés, retrouver le duo Theron-Reitman me place sous de bonnes dispositions.
Il me semble que le film a eu de meilleurs retours que ses deux précédents, et effectivement c’est un peu mieux. Reitman se concentre ici sur ce qu’il sait faire : peu de personnages, peu de décors, le thème de la famille … Et évite l’écueil à mon avis de son cinéma : l’américanocentrisme, que soit dans sa tendance à pouvoir verser dans une forme de puritanisme typique de cet endroit (pro-life dans Juno, vision passéiste des rapports homme-femme dans Last days of summer) et ainsi à s’engluer dans des problématiques qui nous touchent peu, nous européens (je resterai toujours fasciné d’à quel point les américains peuvent considérer comme un événement majeur le fait qu’un homme politique aille se taper une plus jeune). C’est bien plutôt quand il jette un œil critique sur ce même monde qu’il fait son meilleur travail, et ici encore, sur la maternité.
Le film ne commence pas trop mal, il y a presque toujours quelque chose d’au moins intéressant chez Reitman, une réelle intention d’artiste. Il arrive à présenter cette femme et cette famille sans excès, avec leurs spécificités qui les rendent réels : un enfant plus-ou-moins-autiste-on-sait-pas, un mariage non sans amour mais sans plus, un beau-frère plus successful. On n’est pas dans le réalisme social à la française, les Américains en sont incapables, mais c’est juste. Cette troisième maternité n’est pas particulièrement joyeuse, mais n’est pas non plus un drame. Marlo est à bout, mais on n’en fait pas des caisses, on y croit. Tout ça est servi par le très bon travail de Charlize Theron, les deux acteurs secondaires masculins étant également très convaincants. Je suis plus critique du personnage de Mackenzie Davis, mais cela est à mon avis bien plus dû à ce que lui a demandé Reitman qu’à son talent. On note d’ailleurs que Reitman semble avoir un goût pour ces femmes aux yeux très clairs, cheveux blond vénitien, peau pâle, grandes. Mackenzie Davis a des airs de Vera Farmiga en moins gironde.
Le bât commence à blesser avec l’introduction de la nounou. Bon, déjà, l’introduction de ce qui va être l’élément perturbateur (ici inversé : la situation est perturbée. Un nouvel élément viendra l’arranger) par la conversation avec le frère est assez lourde est convenue. Bon.
Mais ça continue avec l’arrivée de ladite nounou, qui apparaît directement comme une espèce de fée, venue régler tous les problèmes (d’où le jeu de Mackenzie Davis, voulu comme irréel), ce qu’elle fera effectivement. C’est évidemment assez lourd, et l’on se retrouve à traiter de manière assez superficielle du sujet des regrets et des fantômes de sa jeunesse qui culmineront dans la scène du bar. Bon, déjà ce sujet est éculé et nécessite un traitement particulièrement inventif pour être à nouveau intéressant, mais en plus ça n’a pas forcément l’air d’être le problème de cette femme. Elle ne regrette pas sa jeunesse, elle est juste fatiguée par sa charge de travail. Donc c’est assez hors de propos et on se fait un peu chier.
Mais alors la révélation que la nounou n’était qu’une projection mentale pour l’aider à tenir, ça, c’est hors de question. Ce twist est interdit depuis Fight Club. C’est nul bordel !
Et qu’elle soit censée incarner le fantasme de sa jeunesse auquel elle doit accepter de dire au revoir… On a déjà vu que c’était pas ça le problème, donc ça tombe à côté.
Ne parlons même pas de la fin qui montre une amélioration générale de la situation, où tout le monde finit par se comprendre. Pfffff…..
Au final, Reitman produit encore un plutôt mauvais film, mais surprenamment il y a toujours une scène ou deux où il fait vraiment du cinéma. Ici dans les deux scènes où Marlo brosse la peau de son enfant. Elles sont calmes et l’on ressent la tendresse du moment. C’est réussi.
Je remarque que dans ma rétrospective j’ai regardé the Front Runner avant celui-ci, alors qu’il vient après, et que j’ai sauté Men, Women and Children (qui a l’air bien lourd également). Quoiqu’il en soit, je descends du bus ici. Reitman est un réalisateur avec de vraies réussites, mais le reste est vraiment trop moyen.