Twentynine Palms par Maqroll
C’est du cinéma conceptuel, aride, difficile et totalement original. Il nous fait entrer peu à peu dans une histoire à l’aspect linéaire qui conduit un couple en quête de repérage dans le désert californien où il va finalement y vivre l’enfer… C’est un récit presque biblique mettant en jeu un nouvel Adam et une nouvelle Eve qui vont passer de l’ignorance absolue à la connaissance du mal qui les perdra. La caméra de Bruno Dumont s’attarde avec une lancinante complaisance sur les évolutions des deux personnages cheminant de cercle en cercle jusqu’à l’inéluctable dénouement. Le spectateur ne peut jamais rester passif puisqu’il doit sans cesse participer par son imagination à la construction de cet édifice irrespirable et parfois insoutenable. Les scènes de sexe, nombreuses et répétitives, ne sont jamais gratuites et soulignent avec lucidité combien la jouissance n’est pas synonyme de plaisir… Leur écho dans la séquence insoutenable du viol est d’ailleurs hallucinant et prend littéralement aux tripes. C’est finalement par le regard que les destins vont s’accomplir et se nouer dans une sorte de danse macabre aux accents tragiques. Dans cette description d’une humanité glauque et implacable, les paysages prennent une place capitale, dessinant une architecture tourmentée qui va contenir toute la souffrance du monde. C’est un cinéma de visionnaire, éprouvant et halluciné, dont on sort avec de nombreuses questions et un malaise indicible.