Voilà, après un échec flagrant (Quintet), un petit film oublié de Robert Altman qui mérite d’être redécouvert. Un Couple parfait ne figurera sans doute jamais parmi les meilleurs films du cinéaste, mais il doit être sorti de l’oubli.
Un Couple parfait a tout de la comédie sentimentale (l’histoire de deux personnes qui mettent tout un film à dépasser leurs obstacles pour parvenir à former un couple), mais Robert Altman plaque sur cette histoire des aspects plutôt intéressants.
Le film commence lors du premier rendez-vous des deux protagonistes, durant un concert de l’orchestre philharmonique de Los Angeles. Un premier rendez-vous qui finira en chaos absolu, noyé sous des trombes d’eau, dans une voiture qui refuse catégoriquement d’obéir à son propriétaire.
Alex est issu d’une famille traditionaliste grecque immigrée à Los Angeles. Durant cette scène d’ouverture, il ne cesse de parler de la culture grecque à sa compagne, alors que tout prouve qu’il n’y connaît pas grand chose : issu de la seconde génération, Alex est déjà plus un Américain qu’un Grec, il ne connaît pas grand chose sur sa culture d’origine, et son baratin sur la Grèce ne prouve qu’une chose, son enfermement artificiel dans cette culture.
On le comprend lorsqu’Alex arrive enfin chez lui. Père extrêmement autoritaire, poids terrifiant de la famille qui empêche le protagoniste d’avoir une vie privée. Finalement, cette culture grecque à laquelle Alex ne comprend plus grand chose et ne parvient pas à s’identifier, c’est celle d’une famille tyrannique qui étouffe le personnage.
Sheila, elle, semble plus subir ce premier rendez-vous. Plusieurs fois elle cherche à repousser Alex, trop entreprenant au point d’être grossier, sans y parvenir. Il lui faudra du temps pour s’ouvrir à lui, pour l’accepter dans son monde à elle.
Là aussi, dans une belle construction en symétrie, c’est lorsqu’elle rentre chez elle que son comportement trouve son explication. Sheila vit en communauté avec ses compagnons formant un large groupe de rock. Cette vie, héritée des hippie, place la jeune femme sous l’autorité là aussi tyrannique du leader du groupe, qui ne laisse aucune vie privée aux autres membres du groupe.
Nous avons donc deux personnages qui, finalement, subissent le poids inacceptable de leurs communautés respectives. Et qui devront faire l’effort d’en sortir.
L’un des aspects les plus intéressants du film, c’est la musique. On sait, au moins depuis Nashville, que la musique a une place importante chez Altman (et ce sera le cas jusque’à son ultime film, The Last show). Ici, chacun des deux groupes (la famille grecque et la communauté simili-hippie) est caractérisée par sa musique : le classique d’un côté, le rock de l’autre. La musique est tellement importante que, bien souvent, elle prime sur les dialogues. Mais surtout, elle représente les personnages, à la fois ce qui les enferme et ce qui peut les sauver.
Il est intéressant de suivre le film selon ce point de vue et de constater que le film est ponctué de concerts et de scènes musicales qui servent de jalons dans la narration. Le film commence par un concert classique, car Alex essaie d’entraîner Sheila sur son terrain, celui qui représente sa propre famille, celui qui l’emprisonne également. Puis c’est à Sheila de l’entraîner sur son terrain à elle, un terrain qu’elle cherche d’abord à dissimuler car elle a conscience d’en être prisonnière, et Alex va la suivre dans différents concerts. Puis le film se termine avec un couple harmonieux, lors d’un concert unissant classique et rock. Sans avoir besoin de grands discours, cette scène en dit long sur les efforts faits par chacun pour dépasser ces influences tyranniques et ouvrir une nouvelle vie, avec leur propre mélodie.
Un Couple parfait : le titre est bien entendu ironique, et le film est ponctué d’humour. Evidemment que ce couple n’est pas parfait. Pour mieux s’expliquer, Altman prend un contrepoint, un couple « parfait » qui apparaît à intervalles réguliers, de la première à la dernière scène du film. Ce couple anonyme (appelé « the unperfect couple » dans le générique de fin) est certes parfait au début, mais plus le temps va passer, plus sa relation va se dégrader. Son chemin est l’exact opposé de celui d’Alex et Sheila.
Alors, certes, le film emprunte parfois certaines de ses scènes aux comédies romantiques et cela manque parfois d’originalité et de personnalité. Certes, on n’est pas ici au même niveau que Nashville ou un Mariage. Altman n’y est pas aussi cynique, aussi grinçant. Mais c’est un beau film, plein de tendresse pour ses personnages (là où les deux autres films cités plus haut sont finalement très sombres, car rien ne vient sauver les personnages).
Dans le casting (très réussi), il faut noter un petit rôle donné au jeune Dennis Franz (qui était déjà présent dans Un mariage).
(en mettant 8, je surnote sans doute un peu, mais j'ai vraiment passé un bon moment devant ce film)