En 2021, la réalisatrice italienne Laura Samani faisait des débuts remarqués au festival de Cannes où son premier film, Piccolo corpo, était en compétition pour la caméra d’or. Plus discret au niveau des critiques, son second film, un anno di scuola, littéralement « une année d’école », que la version française a choisit de traduire par « une année italienne », n’en a pas moins enchainé les récompenses à la Mostra de Venise 2025, dans la sélection parallèle « horizon » : en lice pour le prix du meilleur film, il récolte le prix du meilleur acteur pour le jeune Giacomo Covi, ainsi que le prix « lanterne magique », récompensant un film qui reflète les thèmes liés à la condition des jeunes et de l’éducation.
Le récit suit tout d’abord Fred, jeune suédoise qui débarque dans un lycée peuplé seulement de garçons. Seule fille de la classe, elle doit subir au quotidien les comportements sexistes et immatures de ses condisciples, avant de finalement trouver sa place au sein d’un groupe de trois amis. Là, l’histoire devient collective, celle de ce groupe atypique, trois garçons et une fille qui ont fait le serment de l’amitié, une harmonie à quatre l’espace de quelques mois avant que les sentiments amoureux ne viennent s’en mêler. En dernière partie, le récit se concentre de nouveau sur Fred (l’histoire redevenant celle d’un individu et non d’un groupe), revenue à son point de départ avec en plus le goût amer de la déception et de la trahison.
Cette descente aux enfers en milieu ordinaire ne laisse pas le spectateur indifférent car on avait appris à apprécier ce quatuor sympathique et noctambule qui semble avoir violemment volé en éclat. On retiendra la recommandation de l’enseignante de lettre à son unique élève féminine : ne pas se laisser abattre par ses agresseurs car eux continuent d’avancer quand leur victime se retrouve à la traine.
La partie la plus émouvante reste pour moi celle de cet équilibre parfait entre les 4 lycéens, parenthèse enchantée où tout n’est encore qu’amitié et complicité avant que le désir et l’amour ne viennent tout troubler, à l’image de cette scène où Fred vient subrepticement se glisser sur le matelas où dorment les 3 garçons pour se lover entre deux d’entre eux, sans arrière-pensée autre qu’un besoin de tendresse.
Cela rend d’autant plus douloureux ce qui suit.
La réalisatrice a su décrire de manière simple et percutante les tourments d’être une étrangère dans un monde où tous se connaissent, le poids de la différence avant de parvenir à en faire une force pour se faire accepter, la magie d’un collectif où tout le monde est soudain sur la même longueur d’onde et la violence du rejet et de l’humiliation publique par ceux là même qui vous avait accepté.
Un anno di scualo est le curieux mélange d’une histoire d’amour et d’amitié pas complétement joyeuse ni complètement tragique et dont la fin abrupte offre un élan d’espoir. On en ressort à la fois triste et heureux, avec le sentiment d'un rendez-vous manqué et d'une promesse à venir.
Sortie dans les salles françaises le 10 juin 2026