Film prétentieux, dialogues vides, pédantisme et absence d’intrigue. On est à deux doigts de faire rougir un certain cinéma français des années 1950-1960.
Exemple concret avec une scène qui incarne parfaitement l'esprit du film :
Sofia (Zahia Dehar), le regard perdu vers la mer, le bout de sa clope suspendu aux extrémités de ses doigts, donnant une leçon de sagesse à sa jeune cousine : « Je ne trouve pas ça bien de mourir dans son sommeil… (silence)… On leur a confisqué la possibilité de… (silence)… penser… (silence)… d'avoir peur… (silence)… de dire au revoir… (silence)… de pardonner… (silence)… de demander pardon. »
La critique pourrait s’arrêter là.
La réalisatrice, Rebecca Zlotowski, est normalienne, donc elle baigne forcément dans un imaginaire bourgeois de « prouveur ». Elle pourrait très bien garder cela pour elle mais elle se plie à remplir un cahier des charges de la bonne élève de la FEMIS qui possède une maîtrise de la culture légitime du cinéma. Un hommage certainement, mais c’est pas du tout ma came.
J’ai strictement rien à reprocher aux acteurs qui font ce qu’on leur demande et plutôt bien mais c’est leur écriture qui m’insupporte.
Le personnage joué par Zahia Dehar, Sofia, n’est pas crédible : elle semble déconnectée du réel et elle n’est que la porte-voix d’un discours trop écrit et pédant au possible, ce qui lui donne que très peu d’épaisseur, malgré la prestation correcte de l’actrice qui joue un rôle qu’elle a connu dans la vraie vie : escorte de luxe. Il y aurait pu avoir un discours sur la chirurgie esthétique, une confrontation d’idées, mais son personnage est tellement habité par l’idée de plaire, qu’elle ne contredit personne et paraît très lisse. Son seul pouvoir d'émancipation, c'est quand elle met un doigt à son partenaire...
Il faut néanmoins reconnaître que c'est un rôle taillé pour Zahia Dehar. Elle a la même intonation de voix que Brigitte Bardot et se veut l'incarnation d'une certaine élégance moderne. L’imaginaire et la filiation avec Bardot sont clairs, mais sortir des expressions poétiques ou parler de Marguerite Duras en marquant des pauses avec une voix perchée qui détache bien les syllabes, c’est juste inconséquent. J’ai senti le film comme un remake du Mépris, mais sans ses musiques insupportables, remplacées ici par des musiques qui cherchent aussi à donner un vernis intellectuel au film.
Les personnages secondaires masculins sont tout autant inconséquents. Ils parlent un peu mais ne disent rien (à mettre au crédit du film qui renverse le test de Bechdel), mais ils ont un yacht. Seule lueur d'intérêt : la réflexion sur la valeur de l'argent et le mépris verbal que ces riches lui portent (alors qu’ils sont pétés de thunes et que c’est une posture facile).
La relation Philippe-Naima est ambigüe et d'un paternalisme gênant. Cela aurait pu être l’occasion de dire des choses puisque la réalisatrice filme cela sciemment et avec distance critique (j'espère, tout comme la fétichisation des corps maghrébins ?) mais ils échangent des banalités sur la vie. Philippe (Benoît Magimel), homme blanc, riche, d'âge mûr, s'improvise mentor d’une jeune fille venant des quartiers. Il semble fétichiser la naïveté de Naïma s’offrant un supplément d'âme en s'attachant à la simplicité d'un personnage populaire.
Au final, je lui mets 1 point de plus qu’au Mépris, car j’ai au moins regardé le film jusqu’à son terme, contrairement au film de Godart.