La nuit leur appartient...
S'attaquer au Néo-Polar urbain façon Michael Mann (Collateral, Miami Vice, Heat, excusez du peu !), voila un pari risqué qu'aucun réalisateur français n'avait relevé et cela même si certains ont régulièrement entrepris de pomper la mythique scène de fusillade de Heat.
La caméra HD en bandoulière, Philippe Lefebvre s'est lancé dans cette entreprise et force est de constater qu'il a réussit à en éviter tous les écueils à commencer par celui d'une trop grande déférence à l'œuvre du grand Mann, le film affirmant sa propre identité.
D'abord les spectateurs seront ravis de constater que les superbes images entrevues dans la bande d'annonce n'étaient pas une illusion : Lefebvre a su capter l'immense potentiel cinégénique de Paris by Night comme peu de réalisateurs avant lui.
En effet, rarement la ville lumière n'aura été aussi belle, magnifiée par la HD et par une mise en scène sobre mais élégante. La variété des lieux filmés est également pour beaucoup dans la réussite formelle du métrage et on sera ravi de constater qu'il existe en France des metteurs en scène capables de filmer autre chose que le 15ème arrondissement....
Le plaisir visuel distillé par le film est aussi lié au fait que l'histoire suit les déambulations de deux personnages et déroge jamais à son unité de temps et de lieu.
Ainsi, malgré quelques longueurs, ce road-movie urbain est très plaisant à suivre grâce à un scénario qui entreprend d'explorer la vie nocturne parisienne sans faire de concessions mais sans non plus tomber dans le glauque. Résultat, Une nuit propose une immersion au cœur des clubs branchés, bars et autres boîtes à partouzes peuplés de personnages hauts en couleurs, attachants ou inquiétants et campés par un casting cinq étoiles.
En tête, Roschdy Zem est ultra-charismatique en flic de la mondaine et continue de s'imposer en silence comme un des meilleurs acteurs français. Face à lui Samuel Le Bihan (qui a défaut d'être devenu une star s'impose comme un solide second rôle) et Sara Forestier (parfaite et loin de son image de gamine horripilante) sont impeccables. Le métrage doit également beaucoup à une galerie de gueules qui malgré un temps d'apparition à l'écran limité, marquent le spectateur et on sera ravi de retrouver Jean-Pierre Martins (La Môme, la Horde), Alain Figlarz (36, Braquo), Gerald Laroche (Mr 73, Une affaire d'Etat) et même Monsieur Richard Bohringer qui se fait décidemment trop rare !
L'ambiance unique du film et les excellents interprètes parviennent à faire oublier une intrigue trop classique mais qui a au moins pour elle le mérite de proposer des enjeux à échelle humaine dont un rebondissement final inattendu.
De plus, l'histoire refuse certains codes du polar moderne : dés lors ne vous attendez pas à des fusillades et autres règlements de comptes, la violence du métrage se traduisant davantage par des dialogues ciselés (avec les voyous, les mots sont très importants déclare Roschdy Zem) et par des regards menaçants que par des confrontations physiques.
Une nuit est donc un film avare en action et même si cela risque d'en rebuter certains, les personnages, le cachet visuel et l'atmosphère envoûtante emportent l'adhésion.
Après Les Lyonnais, on peut dire que le polar français se porte bien !
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