Une Ville Natale est film qui m'intriguait beaucoup, en partie grâce à son auteur, Yun Yung-gyu. Né dans une Corée alors violemment colonisée par le Japon, il signera avec Une Ville Natale un film considéré comme important dans la Corée tout juste libéré du Japon ... avant de migrer vers le Nord peu de temps avant la guerre civile puis d'y vivre jusqu'à la fin de sa vie tout en continuant dans le cinéma.
Yun Yung-gyu met en scène un jeune orphelin, confié à un temple bouddhiste, où il va rencontrer une veuve qui vient de perdre son fils.
L'étude des personnages est l'un des points forts du film, que ce soit psychologiquement ou la relation que les deux protagonistes vont entretenir. Elle sera difficile, avec d'un côté un orphelin qui peine à s'adapter à son environnement et de l'autre, une veuve qui vient de vivre un drame terrible, l'un et l'autre vont logiquement et simplement se rapprocher.
C'est mis en scène avec subtilité, tendresse sans jamais oublier la difficulté qui traverse le quotidien des protagonistes. Il y a une certaine simplicité dans la mise en scène, pas de recours à des artifices émotionnelles, c'est simplement juste, dans ce qu'il a de beau et de triste. Il n'y a pas de besoin de longs dialogues pour faire comprendre l'humanité d'un personnage, et ça Yun Yung-gyu l'a bien compris.
Il donne un côté doux-amer à son œuvre tant il y a des contrastes, ainsi qu'un soupçon de lyrisme, se mêlant parfaitement à l'atmosphère humaniste d'Une Ville Natale. Il sublime aussi les décors naturels, que ce soit le temple ou la forêt l'entourant, alors que les comédiens, jeunes et moins jeunes, sont très bons, et donnent de l'ampleur à leur personnage.
Unique œuvre avant le départ de son auteur, Yun Yung-gyu, vers la Corée du Nord, Une Ville Natale est un film simple et humain, tant dans la beauté que dans la tristesse, et évoque une relation lourde et tendre, plein de finesse, entre deux êtres qui ont tant perdus.