Voilà un film qui n’a pas grande presse. C’est quelque peu injuste tant il est un représentant solide du cinéma français des années 1980. Dans une décennie marquée par le néo-polar, ce titre est un parfait exemple de ce que proposait la nouvelle génération. En plein mitterandisme, le cinéma social prend une place majeure et, avec lui, une peinture souvent au vitriol de la jungle urbaine. Et les vilains ne sont pas ceux que l’on croit. Si vous vous demandez depuis quand la police est souvent associée à l’extrême-droite, replongez dans le cinéma de cette époque. Là-bas, Alain Delon face à une frange policière qui fait sa propre justice ; ici Richard Berry qui fait face à une certaine police ouvertement nazie. Pas très subtile, mais le message a fait son chemin. Ce n’est évidemment pas le meilleur de ce cinéma, mais plutôt sa volonté de proposer un cinéma réaliste avec flic en jean et vie misérable dans les banlieues décrépies.
Au-delà de son discours très discutable, on retient d’abord son ambiance grise et sa violence graphique plutôt efficace. En méchant de service, Bernard-Pierre Donnadieu est impressionnant et rien que pour sa prestation flippante, le film mérite le coup d’œil. Il crée un malaise certain et, face à lui, Richard Berry fait bonne figure. Si on y ajoute une jolie panoplie de seconds rôles (même si la plupart ne fait que passer), le casting est un argument qui tient bien la route. Délaissant l’aspect politique de son propos (ce qui n’est, au final, n’est pas si mal tant il est caricatural), Gilles Béhat propose un véritable thriller d’action plutôt nerveux avec belles courses-poursuites et solides bagarres (on apprécie, bien sûr, le coup du cracheur de feu improvisé) qui sert un récit, certes convenu, mais efficace. Le tout soutenu par une musique très eighties signée Jean-Hector Drand, déjà aux affaires pour Rues barbares.
Ce n’est évidemment pas du grand cinéma et le récit ne lésine pas sur les raccourcies (le reporter sportif qui devient du jour au lendemain un enquêteur qui n’a pas froid aux yeux), mais c’est toujours au service du rythme. Si la première heure, à défaut de toujours sonner juste, est à la fois très cohérente et aboutie, la suite est un peu moins convaincante. L’intrigue, on le sent, est sacrifiée à un final qui perd en réalisme et qui ne va pas tout à fait au bout de ses intentions. La conclusion se veut plus politique mais elle se limite à quelques mots et la grande explication attendue n’a pas vraiment lieu. L’ensemble n’en demeure pas moins sympathique.