Us and Them ne raconte pas une romance comme on en voit mille. Jia Ming et Hua se rencontrent dans un train pour Pékin, deux jeunes provinciaux qui débarquent dans la capitale avec l’espoir de faire leur vie. Leur histoire démarre vite, avec une tendresse sincère et une impression d’évidence : ils ont l’air de se trouver au bon moment, au bon endroit.
Mais le film ne s’attarde pas sur la partie coup de foudre. Très vite, il montre que la ville n’est pas tendre. Le logement, le boulot, l’argent, la famille… tout finit par peser sur leur couple. Jia Ming incarne celui qui veut avancer, coûte que coûte, tandis que Hua représente un besoin de stabilité, de douceur, de simplicité. Leur amour devient alors un terrain de tension entre deux désirs opposés, et le film ne cache pas que parfois, aimer ne suffit pas.
Une scène m’a particulièrement marqué : Hua, au bord du découragement, fait ses valises parce qu’elle a besoin d’un soutien que Jia Ming n’arrive pas à lui donner. Lui, de son côté, reste rivé à son ordinateur, il est programmeur et veut lancer un jeu qu’il a développé, comme s’il cherchait une échappatoire dans ses ambitions. Il la rattrape sur le quai. Ils se regardent sans un mot. Elle est à l’intérieur du train, lui dehors. Les portes se ferment. Le train démarre.
Pendant quelques secondes, leurs regards restent accrochés, comme si le temps voulait s’arrêter. Ce n’est pas une rupture explosive, mais un silence lourd de sens : l’amour est toujours là, mais il ne suffit plus à contrer la réalité. Le train qui s’éloigne symbolise le fossé qui se creuse entre eux, et cette image devient un souvenir qui reviendra plus tard, un épisode qu’ils commenteront quand leurs chemins se recroiseront.
Le contraste entre les deux personnages est le cœur du film : l’un veut grimper, l’autre veut juste respirer. Et c’est ce qui rend Us and Them si touchant. La romance est belle parce qu’elle est fragile, parce qu’elle se casse contre la réalité sociale. Le film parle de nostalgie, de regrets, de ces histoires d’amour qui ne se terminent pas vraiment, mais qui s’effacent doucement.
Visuellement, le film ne cherche pas à en mettre plein la vue. Il mise sur la sobriété, les scènes du quotidien, les silences. On ressent la douceur des débuts, puis la fatigue des années, les disputes, les non-dits. Le récit alterne entre présent et souvenirs, comme si l’histoire s’écrivait autant dans la mémoire que dans la vie.
Au final, Us and Them est une romance qui ne fait pas l’économie de la réalité. Un film sensible, mélancolique, et assez juste sur ce que l’amour peut survivre, et ce qu’il ne peut pas.