Le sentiment à la fin du Van Gogh de Pialat, c'est d'avoir vu un film sur un peintre raté.


Pialat ne s'intéresse pas au mythe, ni vraiment au peintre en tant qu'artiste. Il filme les derniers mois de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise comme il filmerait n'importe quelle fin de vie : des repas, des promenades, des discussions, des désirs, des silences. On ne voit jamais vraiment l'artiste au travail comme dans un biopic classique, ce qui intéresse Pialat, c'est l'homme.


Jacques Dutronc est remarquable. Son Van Gogh est désinvolte, parfois arrogant, souvent fatigué. Il semble déjà détaché du monde qui l'entoure. Il méprise parfois ceux qui veulent l'aider, remet en question son travail, paraît incapable de trouver sa place. Les scènes avec son frère Théo sont particulièrement belles : on y sent à la fois l'affection profonde qui les lie et l'usure d'une relation devenue lourde à porter pour les deux hommes. Derrière leurs conversations se cache toujours la même question : à quoi tout cela a-t-il servi ?


Ce qui frappe aussi, c'est que Van Gogh n'est jamais réduit à son statut de génie incompris. Il boit, râle, couche avec des femmes, s'ennuie, se montre parfois injuste ou désagréable. Pialat refuse tous les clichés de l'artiste maudit consumé par sa création. Son Vincent est un homme avant d'être un peintre.


Sa relation avec Marguerite Gachet est d'ailleurs l'un des fils les plus touchants du film. On sent une possibilité de bonheur, ou au moins d'apaisement, mais quelque chose l'en empêche constamment. Comme si Van Gogh regardait chaque occasion de vivre s'éloigner sans vraiment chercher à la retenir. Il y a dans plusieurs scènes cette impression étrange qu'il avance lui-même vers sa propre disparition.


Visuellement, le film est superbe. Sans jamais chercher à reproduire littéralement les tableaux, Pialat filme la campagne d'Auvers-sur-Oise avec une lumière et une attention aux paysages qui rappellent constamment l'œuvre du peintre. Les champs, les chemins, les bords de rivière semblent vivants. Au milieu de cette nature magnifique, Vincent paraît minuscule, presque perdu. Il erre plus qu'il ne marche, comme un homme qui ne sait plus très bien où aller.


Le film est aussi traversé par quelques instants de grâce. Une danse, un sourire, une conversation légère, une envie soudaine de profiter du moment. Ces parenthèses heureuses sont rares mais elles donnent encore plus de poids à la mélancolie générale. Elles montrent ce qui aurait pu être.


C'est finalement un film sur les regrets autant que sur la mort. Le regret d'être passé à côté de certaines choses, de ne pas avoir trouvé sa place, de ne pas avoir été reconnu. Pourtant, Pialat ne transforme jamais cela en tragédie grandiloquente. Sa mise en scène reste simple, fluide, presque documentaire. Elle accompagne Vincent jusqu'au bout sans l'expliquer ni le juger.


Et c'est peut-être ce qui rend le film si beau : pendant plus de deux heures, on ne regarde pas une légende. On regarde un homme vivre ses dernières errances.


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le 5 juin 2026

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Docteur_Jivago

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