7
403 critiques
Viaje
Un film tout en sobriété sur une mère et une fille dont le mari et père est décédé, qui affrontent implicitement cette disparition et qui vont vivre une étape particulière : Léonor la fille veut...
le 5 oct. 2019
Un père est mort. De lui, ne subsiste que l’ombre, manifeste à travers la sonnerie de son téléphone portable qui retentit de loin en loin, sous l’effet d’appels commerciaux tentant aussi obstinément que vainement de joindre « le propriétaire de la ligne »... Toutefois les deux femmes, épouse et fille, que ce « propriétaire » laisse derrière lui n’ont pas eu le courage de couper ce fil...
Avec beaucoup de délicatesse et de subtilité, la réalisatrice et scénariste espagnole Celia Rico Clavellino brosse le portrait de ces Parques réduites au nombre de deux et qui préfèrent visiblement coudre et recoudre - la mère est couturière -, plutôt que trancher. Une aversion pour la coupure qui dirige également leur lien, puisque la première image, inspirée par l’expérience personnelle de la réalisatrice, présente les deux femmes, les jambes frileusement glissées sous la nappe de leur table brasero, endormies dans un canapé rouge comme l’intérieur d’un ventre.
Tout l’enjeu de ce premier long-métrage se tiendra dans la peinture de ce lien duel : jusque quand offre-t-il une protection nécessaire à la cicatrisation ? quand enferme-t-il ?
quand s’ouvre-t-il pour libérer ? quand porte-t-il l’envol ? quand s’ouvre-t-il pour accueillir et recueillir, permettre que se restaurent les forces ? quand est-il foyer de vie ? quand est-il foyer de mort, force centripète qui ne peut que brûler ses propres radeaux ?...
La réalisation est portée par l’interprétation des deux femmes qui se font face ou se mêlent : Lola Dueñas, déjà vue chez Almodovar, ici en mère attentive et meurtrie mais en laquelle la vie fourmille encore ; et la prometteuse Anna Castillo, à la fois fine et ronde comme une jolie pomme, sachant jouer aussi bien l’équilibre épanoui et tendrement façonné que le bouleversement et la mise à bas de toutes ses assurances.
Aucune scène d’extérieur. Pour dire la force de ce mini huis-clos familial, de ce repli post-traumatique sur la chaleur de l’intérieur, la caméra de Santiago Racaj découpe l’appartement familial en plans savamment construits, multipliant les surcadrages qui permettent d’œiller la vie de l’autre par un regard verticalisé en meurtrière.
En partie inspiré par le texte de Xavier de Maistre, « Voyage autour de ma chambre », ce « Voyage autour de la chambre d’une mère » ( d’après le titre original « Viaje alrededor del cuarto de una madre ») ose le pari d’un voyage immobile. Le déplacement dans l’espace, conduisant jusqu’à Londres, sera bien vain et n’aboutira qu’à un enfouissement un peu plus profond dans le passé de l’appartement. Un appartement qui, à lui seul, vaudra mieux que tous les vaisseaux, et permettra peut-être les abordages les plus heureux.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Films où il est question de la paternité, frontalement ou latéralement.
Créée
le 27 sept. 2019
Critique lue 410 fois
7
403 critiques
Un film tout en sobriété sur une mère et une fille dont le mari et père est décédé, qui affrontent implicitement cette disparition et qui vont vivre une étape particulière : Léonor la fille veut...
le 5 oct. 2019
8
1176 critiques
Cette musique te bercera toujours !Sur un petit air d'accordéon le père reste dans le coeur de la fille et de la mère qui ont du mal à se séparer.
le 21 mars 2025
10
710 critiques
Le rêve inaugural dit tout, présentant le dormeur, Pierre (Swan Arlaud), s'éveillant dans le même espace, mi-étable, mi-chambre, que ses vaches, puis peinant à se frayer un passage entre leurs flancs...
le 17 août 2017
8
710 critiques
Sarah Suco est folle ! C’est du moins ce que l’on pourrait croire lorsque l’on voit la jeune femme débouler dans la salle, à la fin de la projection de son premier long-métrage, les lumières encore...
le 14 nov. 2019
8
710 critiques
Marx a du moins gagné sur un point : toutes les foules, qu’elles se considèrent ou non comme marxistes, s’entendent à regarder le travail comme une « aliénation ». Les nazis ont achevé de favoriser...
le 26 août 2019
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème