Sorti en 2018 et réalisé par Adam McKay, Vice est un biopic politique très engagé et complètement irrévérencieux. Le titre du film a une double signification, Vice pour vice président et Vice pour le vice des hommes politiques. Aprés The Big Short (2015), Adam McKay récidive et signe de nouveau un biopic sur un sujet épineux. Vous remplacez le monde de la finance par le monde politique et vous obtenez Vice. Et comme dans The Big Short, il essaie d'expliquer des notions compliquées par des moyens cinématographiques (personnages qui brisent le quatrième mur) et avec une bonne dose d'humour aussi. Nous sommes donc en terrain connu.
Nous allons suivre l'ascension politique de Dick Cheney (Christian Bale) qui fut le vice président des Etats-Unis durant les deux mandats successifs de George W. Bush (Sam Rockwell), de 2001 à 2009. On verra notamment quel fut son rôle dans la gestion de l'attentat sur les deux tours du World Trade Center (9/11) et durant la guerre en Iraq. Nous verrons également le rôle de l'épouse de Dick Cheney, Lynne Cheney (Amy Adams), ainsi que de son mentor et ami dans le milieu politique, Donald Rumsfeld (Steve Carell). Nous avons aussi la présence des deux filles de Dick Cheney, l'ainée Liz (Lily Rabe) qui lui succèdera dans l'état du Wyoming et la plus jeune Mary (Alison Pill) qui est lesbienne (chose très mal vue dans le Wyoming).
Le film s'ouvre sur le préambule suivant : Dick Cheney est l'un des hommes politiques les plus secrets au monde, mais le film retranscrit bien des faits réels ("c'est qu'on a sacrément bien bossé, bordel !"). Alors bien sûr, certains faits sont dramatisés ou sont supposés avoir eu lieu, mais dans l'ensemble tout est vrai ... et c'est bien ça qui est le plus effrayant ! Il est maintenant avéré que lorsque George W. Bush était président des Etats-Unis, c'était Dick Cheney qui tirait les ficelles du pouvoir. C'est Dick Cheney, le conservateur, qui poussa en interne pour envahir l'Irak. C'est d'ailleurs le principal investigateur des deux guerres en Irak sous l'ère Bush père puis fils. C'est également lui qui força Colin Powell (Tyler Perry) à prononcer un discours devant l'ONU qu'il regrettera amèrement.
Mais le film ne se contente pas de revenir uniquement sur la période George W. Bush, il montre également l'ascension de Dick Cheney dans les couloirs de la maison blanche. Tout commence en fait dans les années 60. On nous présente un jeune Dick Cheney alcoolique, bagarreur, viré de Yale ... on n'imagine pas une seule seconde que ce parfait looser puisse devenir un jour l'homme le plus puissant du monde. Mais bon, c'est ça le American Dream, n'importe qui, y compris un abrupti lambda, peut atteindre des sommets. Et si on y réfléchit bien, c'est la même chose avec Donald Trump. Si on nous avait dit il y a trente ans, qu'un jour il deviendrait président des Etats-Unis et ceci pour deux mandats, on lui aurait rit au nez.
Mais comment, me direz-vous alors, ce parfait abrupti a-t-il pu à ce point gravir les échelons ? Eh bien, il le doit en grande partie à son épouse. C'est elle qui va le remettre sur le droit chemin, car ce n'est pas la vie qu'elle envisageait et encore moins celle qu'elle ambitionnait. C'est donc par amour pour sa femme, qu'il va reprendre sa vie en main et arrêter de faire des conneries. L'amour qu'il porte à sa femme et à sa famille, c'est bien la seule chose qui puisse le rendre attachant et sympathique. Dick va alors s'intéresser à la politique, comprendre comment ce monde fonctionne au côté de son mentor Donald Rumfeld. Petit à petit, il gravit les échelons du pouvoir pour accéder aux postes de décision, d'abord dans le cabinet de Nixon durant la période du Watergate. Suivrons ensuite la présidence de Gérald Ford, la défaite face à Jimmy Carter le démocrate, puis le retour au pouvoir des républicains avec Ronald Reagan ... et ainsi de suite jusqu'à la présidence de George W. Bush.
Vice nous propose donc un cours d'histoire des Etats-Unis, des années 60 jusqu'en 2009 et c'est passionnant. On voit comment les conservateurs et les démocrates se succèdent au pouvoir, les uns défaisant les avancées progressistes des autres. L'exemple le plus édifiant, c'est quant Jimmy Carter met des panneaux solaires sur la maison blanche, message fort en faveur de l'écologie. Mais lorsque Ronald Reagan lui succède, son premier réflexe, c'est d'enlever les panneaux solaires. Le film prend clairement parti pour les démocrates et ne va pas plaire aux conservateurs (chose confirmée dans une scène post générique). Et puis, il y a George W. Bush, le looser magnifique et le parfait petit pantin de Dick Cheney. Dick Cheney va alors œuvrer dans l'ombre du président, pour faire en sorte que les Etats-Unis rentrent en guerre contre l'Iraq à la sortie des attentats du 11 septembre ... tout ça, bien sûr, pour satisfaire des intérêts financiers, Dick Cheney s'étant associé à des complexes pétroliers. Tout ça, c'est édifiant !
Bref, Vice est un film coup de poing qui égratigne avec bonheur la politique américaine de ces cinquante dernières années. C'est irrévérencieux, politiquement incorrect et très originale dans la façon dont c'est raconté. En effet, tout nous est raconté de la bouche de Kurt (Jesse Plemons) qui joue ici le rôle du narrateur. Ce n'est qu'à la fin film que nous est révélé la réelle identité du narrateur, identité qui nous laisse sans voix ...
Le narrateur est en fait le cœur de Kurt qui est transplanté dans le corps de Dick Cheney après avoir été victime d'un infarctus massif. A savoir que Dick Cheney a eu des problèmes de cœur toute sa vie, ne lui lissant pas d'autre option à la fin de sa vie qu'une greffe de cœur. Kurt, un personnage auquel on peut tous s'identifier, meurt et c'est donc son cœur qui sauve la vie de Dick Cheney, le salop ultime ... et injustice ultime !
Pour finir, mention spéciale pour Christiane Bale, non seulement pour sa transformation physique, mais aussi et surtout pour sa posture et son phrasé qui collent parfaitement avec son modèle. Sa performance est à ce point prodigieuse, qu'on oublie l'acteur pour ne voir que l'homme politique. On entre dans la tête de Dick Cheney, qui tire les ficelles du pouvoir de manière diabolique pour ne laisser derrière lui que le chaos. Avec sa politique ultra-conservatrice et agressive, cet homme a en effet laissé son empreinte indélébile sur un monde laissé au bord du précipice et qui par ailleurs en porte toujours les stigmates aujourd'hui. Bravo monsieur Adam McKay pour ce film remarquable et remarqué.