Pascal Bonitzer rempile trois petites semaines après la sortie de l'honorable épisode de Maigret sauce Podalydès. Il met à l'écran un scénario écrit par Sophie Fillières, malheureusement disparue avant le tournage du film.
Il s'agit ici d'une œuvre réalisée sur mesure pour le plus grand des amateurs contemporains de Victor Hugo.
Alors oui, on suit les aventures/mésaventures de Robert Zucchini, avec la vague impression de suivre le quotidien de Fabrice lui-même. Ce n'est plus une autobiographie mais un autobiopic. Il faut aimer le personnage et son exubérance constante. Sa passion semble souvent le dépasser.
Le film regorge d'anecdotes littéraires, historiques et philosophiques. Il questionne aussi sur l'absence. Absence d'un père pour sa fille sous le motif du "trac" singulièrement masculin. Absence de nos proches, à travers le décès de Léopoldine Hugo.
Même les morts ont le droit de revenir. L'épisode est bien connu des fidèles d'Hugo, au cours duquel il expérimente le spiritisme pour ramener l'esprit des grands Hommes (Molière entre autres). Ce moment relaté par Zucchini/Luchini est un régal.
La mise en scène, la musique et les voix off se mélangent bien. Le casting est bon (David Ayala, Chiara Mastroianni), bien qu'écrasé par l'omniprésence de sa vedette. Il paraît évident qu'il ne faut pas être atteint d'une Luchiniphobie en allant voir un tel film. Dans le cas contraire, on écoute le philosophe-conteur-comédien-acteur avec attention. Et on s'amuserait presque des excès et des dérives épisodiques du personnage.
En somme, ce film est une lettre d'amour (ouverte depuis plusieurs décennies) de Luchini pour son maître littéraire absolu.
À nous de rendre hommage à Luchini qui parvient à faire vivre Hugo dans notre siècle, qui le modernise à sa manière et avec une passion obstinée.