Almodóvar dans son élément naturel : les femmes, les secrets de famille, la mort traitée avec une légèreté qui n'enlève rien à sa gravité, et la Mancha comme toile de fond solaire et mélancolique. Volver est un de ses films les plus généreux, et Penélope Cruz y est tout simplement extraordinaire.
Ce qui me frappe d'emblée c'est la façon dont Almodóvar filme les corps féminins sans les objectifier. Cruz est charnelle, physique, présente dans chaque scène avec une intensité qui déborde l'écran, et le réalisateur la filme avec une admiration qui ressemble davantage à du respect qu'à du désir. C'est rare et ça se sent.
Le film jongle entre comédie, drame familial et fantastique discret avec une aisance qui est la marque des grands. La mort circule partout dans Volver, littéralement et métaphoriquement, sans jamais alourdir l'atmosphère. Almodóvar a cette capacité unique de parler de choses terribles avec une chaleur qui n'est pas de la complaisance.
Carmen Maura en mère revenue d'entre les morts est touchante dans un rôle qui aurait pu virer au grotesque entre de moins bonnes mains.
Ce qui me retient d'aller plus haut : le récit marque quelques flottements dans son deuxième acte, et certaines ficelles narratives sont un peu trop visibles. Almodóvar a fait plus ambitieux.
Reste un film beau, vivant, et profondément humain.