Film à mi-chemin du documentaire et d'un ouvrage de fiction.

Les destins croisés de trois femmes juives Riwka, Régine et Vera au crépuscule de leur vies.

Le dessein d'Emmanuel Finkiel dans ce film tourné en 1999 m'a semblé une volonté d'évoquer trois destins que je qualifierais de post shoah dans la mesure où il y a des survivants des camps qui vont en visite guidée à Auschwitz ou des gens qui se sont retrouvés à la fin de la guerre seuls à avoir à se construire ou se reconstruire.

Là, on a beau être en 1999, de l'eau a eu beau couler sous les ponts, il y a peut-être des souvenirs qui persistent, d'autres qui se sont estompés parfois volontairement dans une volonté de passer à autre chose. Mais il y a surtout des absences de souvenirs qui sont tout aussi douloureux.

Riwka, la soixantaine, a suivi son mari dans cette excursion en car en Pologne contre sa volonté et ne descendra pas du car pour visiter le camp. Les compagnons de voyage, très cosmopolites, affichent des motivations très différentes, des chemins personnels très variés. Le souvenir, oui mais pour en faire quoi ?

Régine, la soixantaine, grand-mère, habitant à Paris, est contactée par quelqu'un de l'Europe de l'Est qui prétend être son père, pourtant officiellement déclaré mort. Mais comment être sûre, sur quels souvenirs s'appuyer ? Les quelques vieilles photos écornées d'avoir être trimbalées et regardées ne servent pas à grand-chose pour comparer des visages qui accusent soixante ans de plus … L'espoir et l'illusion …

Et quant à Vera, une veuve moscovite, qui a perdu toute sa famille en déportation, décide de faire, seule à plus de 80 ans, son aliyah et arrive à Tel Aviv, en pleine chaleur, à la recherche d'une cousine lointaine et se rend compte que plus grand monde ne parle le yiddish devenu la langue d'un passé, peut-être à oublier. À travers ses pérégrinations en bus, elle prend conscience qu'elle aura désormais affaire non plus à des juifs mais à des israéliens. L'espoir mais aussi l'illusion …

Parmi les acteurs professionnels ou non, notons la présence d'un Maurice Chevit, consensuel et humaniste, que j'aurais bien aimé voir plus longtemps, comme une espèce d'arbitre. On ne le voit que trop brièvement dans la séquence du voyage en car.

Film que j'avoue avoir trouvé très déroutant au premier visionnage mais qui, après coup, m'a semblé intéressant comme un certain regard croisé sur l'importance du souvenir, sur les espoirs ou les illusions que cela peut entrainer …


JeanG55
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Films historiques et Les meilleurs films de 1999

Créée

le 23 avr. 2025

Critique lue 15 fois

JeanG55

Écrit par

Critique lue 15 fois

1

D'autres avis sur Voyages

Voyages

Voyages

8

JeanG55

2408 critiques

Voyages

Film à mi-chemin du documentaire et d'un ouvrage de fiction.Les destins croisés de trois femmes juives Riwka, Régine et Vera au crépuscule de leur vies.Le dessein d'Emmanuel Finkiel dans ce film...

le 23 avr. 2025

Du même critique

La Mort aux trousses

La Mort aux trousses

9

JeanG55

2408 critiques

La mort aux trousses

"La Mort aux trousses", c'est le film mythique, aux nombreuses scènes cultissimes. C'est le film qu'on voit à 14 ou 15 ans au cinéma ou à la télé et dont on sort très impressionné : vingt ou quarante...

le 3 nov. 2021

Le Désert des Tartares

Le Désert des Tartares

9

JeanG55

2408 critiques

La vanité de l'attente de l'orage

C'est vers l'âge de vingt ans que j'ai lu ce livre. Pas par hasard, je me souviens très bien qu'un copain me l'avait recommandé. J'avais bien aimé. Cependant, je n'ai jamais éprouvé le besoin de le...

le 7 avr. 2023

125 rue Montmartre

125 rue Montmartre

8

JeanG55

2408 critiques

Quel cirque !

1959 c'est l'année de "125 rue Montmartre" de Grangier mais aussi des "400 coups" du sieur Truffaut qui dégoisait tant et plus sur le cinéma à la Grangier dans les "Cahiers". En attendant, quelques...

le 13 nov. 2021