Wayne’s World : une symphonie capillaire en mi débile majeur

Il est des films qui marquent l’histoire du cinéma par leur puissance narrative, leur virtuosité formelle ou leur capacité à sonder les abysses de l’âme humaine.


Et puis, il y a Wayne’s World, qui préfère plutôt faire un salto arrière dans une flaque de Mountain Dew en hurlant “SCHWING !” dans un mégaphone Hello Kitty.

Et franchement ? C’est mille fois mieux.


Wayne’s World, c’est comme si deux ados des années 90 avaient eu un bébé avec une cassette VHS de Spinal Tap et une boîte de donuts à la viande. Le résultat ? Une comédie qui n’a pas juste un pet au casque, elle a foutu le casque dans le micro-ondes avec du papier alu.

C’est un film qui s’ouvre sur une bande de losers en voiture reprenant Queen à tue-tête, et qui se dit :


Tiens, et si on ne devenait jamais sérieux ? Jamais.

Et c’est exactement ce qu’il fait. Le film passe son temps à briser le quatrième mur, puis à le repeindre en fluo, y coller des stickers "Eat My Shorts" et à le faire exploser avec des pétards achetés à Tijuana.


Mike Myers campe Wayne, sorte de Socrate du hard rock, si Socrate portait un t-shirt noir qui n’a jamais connu la lessive et utilisait le mot “excellent” toutes les trois phrases.

À ses côtés, Garth, incarné par Dana Carvey, est l’incarnation parfaite de l’angoisse sociale sous forme humaine — une sorte de chaton blond parano qui joue de la batterie comme s’il essayait de ressusciter Keith Moon à coups de baguettes en mousse.


Et ce duo improbable tient tout le film sur ses épaules — épaules peu musclées mais solidement accrochées à des chemises en flanelle qui sentent la bière éventée.

Mais ce qui fait de Wayne’s World plus qu’une bête comédie potache, c’est sa capacité à s’en foutre de tout avec panache. Le film ne respecte rien : ni les règles de narration, ni le bon goût, ni les lois de la physique (à un moment, Garth fabrique un appareil de torture pour un producteur, sans que personne ne s’en inquiète — normal). Il n’a aucune cohérence, et c’est précisément là qu’il touche au sublime. C’est du dadaïsme en bermuda.

Et Dieu sait que le dadaïsme avait besoin de guitare électrique.


Mais la vraie révolution, l’explosion nucléaire du bon goût francophone, c’est la version française, signée par Les Nuls. Ce n’est pas du doublage, c’est un cambriolage linguistique en bande organisée. Les Nuls ont pris la VO, l’ont mise dans un mixeur, ont rajouté du Carlos, deux cuillères de RTL2, et ont appuyé sur “purée”.


On ne parle plus ici d’adaptation, mais de recréation divine. Le moindre dialogue devient culte.

Wayne ne dit pas “cool” — il dit “à donf !”.

Il ne dit pas “I think I’m gonna puke” — il dit “Je sens que je vais gerbouiller !”

Et c’est là, précisément là, que le film passe de comédie américaine sympa à monument franco-débile sacré. On pourrait enseigner cette VF à l’INALCO, l’étudier au CNRS, la prêcher dans les églises :


Au nom du Père, du Fils, et du Vomito de Garth. Amen.

Et puis il y a Rob Lowe, acteur lisse comme un toboggan de piscine municipale, qui joue un producteur télé diabolique. Il est si parfait dans ce rôle de salopard séduisant qu’on a envie de le gifler avec une raquette de squash trempée dans l’huile.


Tout est absurde, tout est crétin, tout est jubilatoire. Il y a trois fins différentes, un solo de batterie qui pourrait faire pleurer Lars Ulrich, et des répliques qui transforment instantanément ton cerveau en petit flan sucré.


Wayne’s World est une ode à la bêtise brillante, un manifeste pour l’idiotie joyeuse, un pamphlet pour le droit de dire des conneries en jouant du air guitar dans son salon à 3h du matin.

C’est le cinéma comme on ne l’enseigne pas, mais comme on devrait le faire : libre, débile, bruyant, sincère, et blindé de vannes sur les slips.


Note critique : 5 étoiles sur 5, plus un autocollant “Mega-Excellent” à coller sur ta trousse.


Si tu n’as jamais vu Wayne’s World, fais-le.

Si tu l’as déjà vu, revois-le.

Si tu ne comprends pas pourquoi des gens l’aiment, c’est que tu n’as jamais chanté Bohemian Rhapsody à tue-tête dans une Twingo avec des chips plein le t-shirt.

Et dans ce cas, je te plains.

Sincèrement.


SCHWING !

Kelemvor

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