Westler
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Westler

Film de Wieland Speck (1985)

Vivre à Berlin, c’est toucher un morceau d’histoire, une plaie qui se referme, celle de la fracture en deux d’un même lieu et donc de destins. Au-delà de séparer des Etats, le mur de Berlin sépara aussi des femmes et des hommes, compliquant les histoires d’amour, comme celle de Felix et Thomas, les deux héros du film Westler du réalisateur Wieland Speck, sorti en 1985. Proposé au visionnage dans un cinéma de Kreuzberg en mai dernier, en présence de Wieland Speck et de certains des membres de son équipe, le film est d’intérêt à de multiples titres.


En se rendant pour la journée avec un ami américain pour flâner dans Berlin Est, le Wessi Felix va faire fortuitement la rencontre de Thomas. Cela commence par des échanges de regards, cruciaux pour deux hommes afin de „se reconnaître“. Thomas a de suite repéré les deux touristes et commence à les suivre. Après s’être abordés, la soirée du trio se terminera dans un bar avec la transmission clandestine par Felix de son numéro de téléphone. Thomas n’a lui pas le téléphone et se contente de donner son adresse. Il y aura une seconde rencontre. L’attraction était là dès le début, et les visites de quelques heures, une fois par semaine, de Felix à Thomas dans son petit appartement de Prenzlauer Berg en feront germer une passion. Au fil du temps, car se quitter toujours trop tôt pèse sur les coeurs, Thomas échafaudera un plan de départ via la République Tchèque. De là, il ralliera certainement son Felix, mais c’est une autre histoire.


En 1985, le film est une transgression culturelle. Selon Wieland Speck, il fallait un film où l’histoire homosexuelle se passe bien. Sans être vécue comme un drame par ses protagonistes, comme c’était le cas dans la représentation cinématographique d’alors. Felix et Thomas sont traités comme pourraient l’être un couple hétérosexuel. Les relations à distance entre Berlin Ouest et Berlin Est furent d’ailleurs une réalité, dépassant le clivage sexuel. „A l’époque, il y avait autant d’homosexuels, mais il y avait moins de gays“ dira Wieland Speck au micro, soulignant son souci de remédier via son film à l’invisibilité de la minorité homosexuelle.


Transgression politique ensuite, car le film se joue à la barbe et au nez du régime autoritaire de la DDR. Les scènes dans Berlin Est furent tournées clandestinement en caméra discrète. Sans prise de son, une musique leur fut ajoutée en superposition au montage. Comme l’expliqua le réalisateur en réponse à une question du public, la petite équipe avait l’autorisation de ramener sa caméra Super8 pour tourner des prises de vue des lieux remarquables de la ville. L’autorisation ne valait néanmoins pas pour le son. La DDR avait curieusement moins de problème pour se montrer que pour faire entendre ses citoyens.


Le titre même du film, „Westler“, est un message de Wieland Speck : lui le Wessi ne veut pas se faire le porte-voix des Ossis. Le film ébauche sa seule perspective, sans jugement de valeur. Bien que l’on cherche à quitter l’Est, le film fait, l’on pourrait dire, le chemin inverse. Felix se rend à l’Est et l’histoire avec Thomas naît de cette démarche. Un écho à la Ostpolitik de la RFA, soucieuse de tisser de nouveaux liens à partir des années 70 avec ses républiques communistes voisines. Avant d’engendrer la réunification, cette politique permettra aux expulsés de Berlin Est, et notamment aux militants homosexuels, de trouver une patrie germanophone d’accueil dans les années 1980. Le scénario du film est d’ailleurs autobiographique, Wieland Speck avouant lui-même avoir eu un amoureux à Berlin Est dans les années 80. Elaborant l’idée de tourner le film avec ce petit ami afin, lors de la médiatisation du film, d’obtenir un motif de renvoi du pays, le régime de la DDR ira plus vite et expulsera son compagnon avant le début du tournage. Wieland Speck maintint bien son projet, mais en ayant recours à des acteurs, tous de Berlin Ouest.

-Léo-
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le 28 juin 2025

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