La 3D est un médium qui questionne le rapport du spectateur avec le touché. L'animation CGI ayant été pensé pour interroger la capacité du spectateur à être au plus près de ce qu'il voit, il est évident que l'animation 3D a toujours eu un lien étroit avec le touché. Cependant, bon nombre de courts métrages que l'on peut trouver sur internet utilisant la 3D sont des films que l'on regarde avec un certain sarcasme au vu de la qualité médiocre qui ressemble à une expérimentation teste pour le lancement d'un logiciel artistique. Malgré les apparences, j'ai quand même voulu tenter Wet, un court métrage étudiant qui avait tout pour être oublié dans les limbes, mais qui se révèle plus intéressant qu'il n'y parait.
D'entré de film, on comprend le centre d'intérêt du long métrage, et que le contact physique sera le sujet clé. A travers des gros plans sur de la peau, un sound design particulièrement présent et des personnages atypiques très caractérisés (on aura le temps d'y revenir après), le film se démarque et trouve une identité qui lui est propre. Vu qu'il est question de redécouverte de plaisir et de sensation, le film questionne le rapport du spectateur à la norme et au standard de beauté. C'est pour cela que les personnages vont parfois être résumé qu'à des formes simples, parfois sans yeux ou presque. Pourtant, les graphismes et le design des personnages ont beau l'air rond et épurés, il y a un soucis du détail et une précision dans la représentation des corps qui est remarquable. On peut cependant regretter que, dans une volonté d'être très abstrait et peu réaliste, le film tombe parfois dans un ton trop absurde qui dessert le voyage érotique.
Le film étant un projet étudiant, il y a toujours un côté frustrant de voir un film aux bonnes idées qui n'arrive pas à pleinement profiter de leurs propositions. A cause d'un mixage son qui n'est pas à la hauteur de la demande, d'un casting vocal qui aurait pu être plus excentrique (du côté féminin), le film peine à faire oublier son cadre scolaire et n'arrive jamais vraiment au bout de ce qui est possible de réaliser. Mais mon plus gros souci reste le ton humoristique et la sur-représentation de personnages présentés comme obèses. Cela amène un charme certain et une excentricité qui est agréable, mais il vient un certain malaise lorsque viennent des moments plus humoristiques basé sur le corps de ces personnes (notamment une scène où l'on doit chercher une bague dans les bourrelets d'une personne allongé sur un transat). J'imagine que les intentions n'étaient pas de se moquer, et surement qu'il y a eu un très gros travail pour désamorcer certaines scènes qui auraient pu être beaucoup plus problématiques qu'elles ne le sont dans le final cut, mais force est de constaté qu'il reste tout de même des moments dérangeant où l'on ne sait pas si le film rit de l'absurde de la situation, ou bien du physique de ces personnes qui n'ont pas demander grand chose à part du repos afin de prendre soin d'eux. Il n'en reste pas moins un film très intéressant qui présage de très belles choses pour les réalisatrices qu'on a déjà hâte de retrouver sur de nouveaux projets.
11,5/20
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