Ancien misérable villageois puis ex-acteur à Istanbul, Aydin est aujourd’hui petit seigneur local, propriétaire d’un hôtel dans un site touristique du Cappadoce en Anatolie, et s’intéresse à l’écriture. Il vit avec sa jeune et belle femme qui ne l’aime plus et qui s’ennuie ; avec sa sœur divorcée, nostalgique de son mariage et qui s’ennuie tout autant ; il est secondé par son comptable-chauffeur-bras droit polyvalent ; et entouré de ses voisins frères de cœur depuis l’enfance, puis par quelques pauvres du village qui lui sont redevables, et enfin par quelques touristes originaux.
L’ambiance froide d’un hiver touristiquement creux les pousse à une succession ininterrompue de rencontres et de dialogues légers ou graves selon les différends, les visites de courtoisie ou les humeurs, dans ce petit bijou intellectuel du cinéma Turc nous offrant trois heures et quart de pur bonheur philosophique. Les codes et implications non-dites s’assimilent vite sur les anecdotes comme sur les drames de village, servies comme un assortiment de dégustations par une mise en scène en tablées successives où l’on a presque l’impression d’être invité.
Un festival d’idées universelles se trouvera alors disserté, exploré, disputé, enseigné ou transgressé par des gens simples et des phrases simples. D’abord anodins, la gravité des sujets iront crescendo, jusqu’à la puissante, longue, intelligente, courtoise et exemplaire scène de conflit conjugal, à la fois pétrifiante de prise de conscience, puis révélatrice et inductrice d’ouverture.